Communisme, Antispécisme

 

Ce bulletin développe nos idées et répond au dernier article de LO (lutte ouvrière) paru dans Lutte de classes de juillet-août 2019 sur le débat Cause animale, véganisme et antispécisme.

Nous sommes des Marxistes convaincus, notre programme est aussi le renversement du capitalisme par la révolution prolétarienne, et à cette fin il est essentiel et prioritaire de construire un parti communiste dans la classe ouvrière. Précisons encore que nous sommes en accord avec LO sur nombre de ses analyses et interventions politiques par ailleurs.

Aussi si nous sommes partisans de la libération animale, nous ne disons pas qu’il faut la substituer à la lutte de classe, comme mentionné dans l’article mais qu’il faut la considérer comme un objectif. Il s’agit de prendre en compte cette oppression particulière de la même manière que nous, comme LO, le faisons avec le féminisme ou la lutte antiraciste ou pour toute autre discrimination ou revendication partielle. Toutes ces discriminations ayant leur source dans la société capitaliste d’exploitation de classes.

Par contre LO qui combat les oppressions raciste et sexiste touchant les humain(e)s en général fait un cas à part pour les animaux en rejetant l’antispécisme, pire en revendiquant un spécisme travailleurs comme si la classe ouvrière avait à gagner à revendiquer une adhésion idéologique à l’égard d’une oppression culturelle et capitaliste, sur d’autres êtres sensibles plus faibles.

Il n’y a de notre part aucun arrangement avec le programme révolutionnaire ni suivisme petit bourgeois comme mentionnés à propos de thèses animalistes écrites par des marxistes allemands relayés par une tendance du NPA. Le but fondamental est l’expropriation de la classe capitaliste et la socialisation des moyens de production à l’échelle mondiale. Mais la mobilisation révolutionnaire des travailleurs et d’autres couches sociales se fera sur une multitude de révoltes, revendications, frustrations, d’espoirs et de rêves aussi, et un parti communiste révolutionnaire y répondra d’autant mieux s’il porte par nature toutes ces révoltes.

Pourtant LO choisit de se fermer et de considérer l’exploitation animale comme une injustice parmi d’autres alors qu’il s’agit d’une oppression effroyable, jamais connue jusque-là, tant par sa cruauté que par le nombre d’individus victimes. Et bien que LO admette implicitement cette injustice et certains aspects cruels, mais pas tous, d’ailleurs l’exemple cité de l’autiste américaine et du bon abattoir avec ses courbes est éloquent et même glaçant ... il est pourtant écrit que LO n’en fera pas son combat !

Chaque jour rien qu’en France 3 millions d’animaux terrestres, sans compter les poissons bien plus nombreux encore, dans l’élevage seul, sont exterminés par des méthodes de gazage, égorgement, électrocution etc ... Cette relation terrifiante avec les animaux à notre époque est déterminée par le capitalisme dans son procès d’industrialisation en vue de produire plus, moins cher et de faire du profit. Et son développement ne cesse d’aller dans le sens d’une exploitation sans limites, dans l’élevage par exemple, qui fait des animaux juste une matière première sur laquelle sont exercées toutes sortes de tortures : vache hublot, épédonculation de crevettes, émasculation à vif des porcelets, broyage des poussins, saignage et avortement des juments, enfermement, gavage, la liste macabre n’est malheureusement pas exhaustive.

Abolir ces rapports, en fait un véritable génocide, nécessite certainement d’en finir avec le système capitaliste. Mais il s’agit aussi de considérer différemment nos cousins animaux et d’accepter l’idée que ceux-ci sont des êtres sentients, qu’ils connaissent la douleur et la souffrance, aussi la joie, l’amour, et qu’ils veulent vivre comme nous qui sommes aussi des animaux (humains) et que l’on devrait aller dans le sens du respect de leur intégrité et de leur droit à vivre leur vie.

Sinon il n’est pas dit que des rapports d’exploitation et de domination à leur égard ne perdureront après la révolution même si le socialisme ne devrait pas commettre tous ces crimes liés à la recherche du profit. Or aujourd’hui compte tenu des connaissances que nous avons sur la proximité biologique entre nous, animal humain, et l’animal non humain et également par le fait qu’il n’est plus nécessaire de manger de la viande ou de tuer des animaux pour vivre car des choix alternatifs existent (et ont d’ailleurs toujours existé car des peuples sont végétariens depuis des milliers d’années), alors cette exploitation est d’autant plus anachronique, inacceptable moralement, et ne peut pas être compatible avec notre idéal communiste.

Pourtant les mouvements marxistes ont été à ce jour, extérieurs à cette cause. Si le mouvement ouvrier au 19ème siècle avait bien d’autres priorités que de lutter pour la libération de nos cousins animaux, plus d’un siècle après il est temps pour les trotskystes, fidèles continuateurs de Marx, Engels, Lénine, Rosa Luxembourg d’évoluer dans leurs idées de nos rapports vis à vis de la nature et des animaux, sans aucune contradiction avec le marxisme, qui n’est pas une idéologie figée. L’article rappelle à juste titre les préoccupations de Marx et Engels au sujet de la Nature. Rosa Luxembourg aussi a exprimé sa compassion à l’égard de nos cousins animaux.

L’article dit : La seule chose que nous pouvons affirmer avec certitude est que ce sera (sous le communisme ) complètement différent d’aujourd’hui, et que nous sommes totalement incapables d’imaginer ce que ça pourra être !

LO sait que ce sera différent mais ne sait pas comment !

Il est donc impossible aux rédacteurs de dire clairement qu’ils rejettent les abattoirs, les transports d’animaux entassés, les milliards d’animaux encagés, gavés aux hormones et aux antibiotiques, ceux chassés par plaisir, ceux capturés dans leur milieu naturel pour être exploités dans les zoos, les cirques, les milliards d’autres extraits des océans puis rejetés morts ou servant à faire de la farine pour alimenter d’autres animaux ...

Bref LO n’a aucun mot pour et sur cela car ce monde de tous les êtres vivants n’est pas son monde, celui d’Homo Sapiens, notre unique espèce qui s’acharne à éliminer les millions d’autres espèces vivantes. Et cette position est pour nous invraisemblable, inacceptable pour des révolutionnaires.

Il faut descendre du piédestal anthropocentriste, et surtout cesser de penser qu’en s’intéréssant à nos cousins animaux cela se ferait au détriment des humains ! Bien au contraire, la générosité, la justice, l’empathie pour les uns et les autres ne se divisent pas elles s’additionnent ! Il est temps de devenir plus ouvert et curieux, de comprendre l’intelligence spécifique des animaux non humains liée à leurs besoins et à leur environnement, différente de la nôtre mais pas inférieure, de découvrir leur beauté, leur complexité, leur altérité.

Oui nous animaux humains faisons partie de la biodiversité, nous en sommes profondément dépendants, c’est pourquoi il faut apprendre à la connaître, à la respecter, et apprendre d’elle.

Mais une des sources idéologiques du Spécisme de LO n’est-elle pas dans sa foi aveugle dans les technologies, par exemple l’agriculture industrielle avec ses pesticides tueurs de la vie ( issus des gaz de combats des guerres mondiales ), avec les Ogm ( risque de pollution génétique majeure pour le monde vivant mais qu’importe pour LO ), ou l’énergie nucléaire (pollution extrême pour des milliers d’années ), sans considérations éthiques ?

Et qui se trouve par conséquent en accord avec l’élevage industriel et ses performances zootechniques pourtant criminelles et sadiques.

Pourquoi donc rejeter l’antispécisme comme le fait LO alors qu’il s’agit d’un refus d’une oppression contre des êtres qui souffrent, produite par le capitalisme ?

Cette position ressemble à un choix intellectuel , spéciste, conforme à l’idéologie dominante bourgeoise, judéo-chrétienne qui est incapable de dépasser cette vieille certitude dualiste que l’humain est supérieur ou que l’animal est inférieur ou qu’il est d’une autre nature, imposture qui est à la base de toutes les tyrannies du passé vis à vis d’autres humains aussi ( esclavage, colonialisme).

Toute exploitation spécifique produit les idées qui la dissimulent. Et surtout les préjugés.

Même les hommes les plus éclairés à toutes les époques les ont justifiées. Voltaire au 18ème siècle a justifié le racisme et l’esclavagisme, au 19ème siècle les républicains et la majorité des socialistes prétendait que la colonisation était civilisatrice pour les populations dites arriérées d’Afrique et d’ailleurs.

Et l’animalité fonctionne très bien pour justifier l’holocauste actuel qui touche 80 milliards d’animaux terrestres d’élevage par an et qui vide les forêts et les océans de leurs habitants.

Mais si la bourgeoisie a ses raisons de défendre l’exploitation animale et l’idéologie spéciste qui la justifie car elle en tire des profits gigantesques, ce n’est pas le cas d’un mouvement communiste.

Nous ne disons pas que nous devons militer activement pour la libération animale, des associations font ce travail et nous devons les soutenir, en général, même en critiquant leurs illusions. Nous sommes contre les armements mais nous ne disons pas aujourd’hui aux ouvriers qu’il faut fermer les usines qui les produisent, par contre nous voulons les supprimer avec le socialisme. L’approche est identique avec l’exploitation des animaux.

L’article dit : Mais la seule émancipation qui peut être réelle et changer la société, c’est celle des salariés exploités. Le reste, c’est du vent .

Oui les salariés exploités forment la classe productive capable de renverser le capitalisme. Toutefois elle devra entraîner d’autres couches sociales, non salariées, et puis en s’émancipant les salariés exploités libèreront toute la société, humaine en tous les cas.

Mais les animaux, nos cousins, résistent eux aussi à leur manière que les humains ne veulent pas voir. Depuis leur enfermement, leur isolement, jusqu’au jour où ils seront emmenés à l’abattoir, ils auront tenté d’échapper à leur enfer. Mais qui entend leurs cris et leurs gémissements, enfermés dans des camps de concentration hors de la vue des consommateurs.

Alors oui les salariés exploités devront les libérer en se libérant eux-mêmes des chaînes du capital. Il est donc succinct et inopportun de parler du reste comme du vent.

Nous invitons nos camarades à engager une réflexion sur un sujet difficile car il touche une oppression millénaire profondément enracinée dans notre culture, culpabilisante car elle est aussi et surtout présente dans chacun de nos actes quotidiens comme se nourrir et se vêtir.

Tout antispéciste ou vegan a consommé de la viande sans exception avant de faire un choix issu d’une révolte et d’une réflexion à contre courant, alors chacun doit évoluer à son rythme et un parti communiste révolutionnaire également, c’est le sens de notre démarche.

La société, la situation de la planète dévastée par les pollutions, ont énormément changé depuis Marx et Trotsky mort il y a presque 80 ans, il est donc naturel que les idées et les interventions des révolutionnaires évoluent aussi.

Vive la révolution prolétarienne mondiale, vive le communisme qui respecte le monde vivant !

 

septembre 2019