Depuis 2000 ans des voix dissidentes

Jusqu'à présent notre éthique occidentale s'est cantonnée en grande partie aux relations entre les hommes. Cela reste très limité. Il nous faut une éthique universelle qui tiendra compte également des animaux. La véritable éthique exclut de porter préjudice à la vie. L' heure approche où l'on s'étonnera que l'espèce humaine ait vécu si longtemps avant de le reconnaître. L'éthique, sous sa forme absolue, implique d'être responsable envers tout ce qui vit.         
Albert Schweitzer, souvenirs de mon enfance,1924.

 

Nous sommes marxistes et pourtant nous sommes en accord avec cette exigence éthique du pasteur protestant Schweitzer. Nous ne concevons pas notre idéal communiste compatible avec la tolérance d'injustices ou d'oppressions d'où qu'elles viennent. 

Il est temps pour les communistes révolutionnaires  c'est à dire les trotskystes d'affirmer que nous n'acceptons pas l'exploitation animale, que nous sommes solidaires des revendications pour alléger leurs souffrances et que nous lutterons pour leur libération aujourd'hui comme demain dans la société socialiste. 

L'élevage industriel est un crime de proportions ahurissantes, sans précédent dans l'histoire humaine, que l’écrivain juif prix Nobel de littérature Isaac Bashevis Singer n’hésitait pas à comparer à un éternel Treblinka.

Ce système monstrueux est nié par la propagande mensongère et ses camps de la mort sont cachés hors de la vue des consommateurs.

Chacun doit savoir que le fait de manger de la viande ou du poisson ou boire du lait ou porter du cuir engendre des souffrances, une agonie indicible pour des milliards de créatures sensibles et nous appelons à faire preuve de compassion et d'empathie et à réagir devant l'ampleur d'un tel crime de masse ! 


En effet même si les causes sont dans les rapports capitalistes que nous devons combattre par la lutte des classes et la révolution socialiste, nous pouvons et devons modifier nos comportements alimentaires et vestimentaires dès maintenant.

Pourtant depuis plus de 2000 ans des voix minoritaires se sont toujours élevées en révolte contre la souffrance animale et contre le fait de tuer les animaux pour les manger.  



De l'antiquité grecque et romaine avec Pythagore et Plutarque, en passant par des individus ou des courants à l'intérieur du judaïsme, du christianisme orthodoxe, anglican ou romain, de l’islam, des minorités comme les cathares, des religions orientales comme les Bishnoï, Jaïns, hindous, le bouddhisme ou des rationalistes du 18ème siècle comme l'abbé Meslier, Voltaire, Rousseau, de La Mettrie, Jeremy Bentham, et bien d'autres.
 

Nous ne résistons pas à reproduire ces magnifiques extraits écrits au 1er siècle de l'antiquité romaine : 



Nous ne sommes sensibles ni aux belles couleurs qui parent quelques-uns de ces animaux, ni à l’ harmonie de leurs chants, ni à la simplicité et à la frugalité de leur vie, ni à leur adresse et à leur intelligence et par une sensualité cruelle, nous égorgeons ces bêtes malheureuses, nous les privons de la lumière des cieux, nous leur arrachons cette portion de vie que la nature leur avait destinée.
 Croyons- nous d'ailleurs que les cris qu'ils font entendre ne soient que des sons inarticulés, et non pas des prières et de justes réclamations de leur part ?

Plutarque (sur l’usage des viandes) 

Hélas, quelle méchanceté que de faire avaler de la chair par notre propre chair,
 Que d'engraisser nos corps avides en y enfournant d'autres corps,
 Que de nourrir une créature vivante de la mort d'une autre.
 Ovide (Métamorphoses)

Jeremy Bentham, père de l’utilitarisme,  dans son Introduction aux principes de morale et de législation, qui est devenu au fil du temps l’un des textes emblématiques de la pensée antispéciste.

« Le jour viendra peut-être où le reste de la création animale acquerra ces droits qui n’auraient jamais pu être refusés à ses membres autrement que par la main de la tyrannie. Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n’est en rien une raison pour qu’un être humain soit abandonné sans recours au caprice d’un bourreau. 

On reconnaîtra peut-être un jour que le nombre de pattes, la pilosité de la peau, ou la façon dont se termine le sacrum sont des raisons également insuffisantes pour abandonner un être sensible à ce même sort.
Et quel autre critère devrait marquer la ligne infranchissable ? Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être celle de discourir ? Mais un cheval ou un chien adultes sont des animaux incomparablement plus rationnels, et aussi plus causants, qu’un enfant d’un jour, ou d’une semaine, ou même d’un mois.
Mais s’ils ne l’étaient pas, qu’est-ce que cela changerait ? La question n’est pas : Peuvent-ils raisonner ? ni : Peuvent-ils parler ? mais : Peuvent-ils souffrir ? »

Prenant à témoin la lutte contre l’esclavage, Bentham dessine les contours d’un nouvel individualisme dans lequel l’animal aurait toute sa place. Mieux encore, il bat en brèche les arguments qui font de l’animal un être incapable d’assumer une quelconque responsabilité : bien des êtres humains n’en sont capables (nouveaux-nés, personnes en situation de handicap mental…) ; sont-ils pour autant déchus de leurs droits fondamentaux ?

Le mouvement socialiste du 19ème siècle s'est aussi préoccupé des droits des animaux.
 Alphonse de Lamartine, engagé dans l’insurrection de février 1848, déclare par exemple : « On n’a pas deux cœurs, un pour les hommes un pour les animaux, on a du cœur ou on n’en a pas ». Et il fallut ces révolutions en 1848 pour qu’une loi fut votée en 1850, la Loi Grammont  qui passe pour fondatrice du droit animal en France contre les mauvais traitements.



Dans ses Mémoires, Louise Michel anarchiste et communarde fait aussi le lien entre la lutte des classes et la défense des animaux : « Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes », 
raconte-t-elle avant d’ajouter : « Plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent ». 


Une journaliste libertaire à la tête du Cri du peuple, disciple du communard Jules Vallès, affirme quant à elle : « J’aime les pauvres d’abord, les bêtes ensuite ; et les gens après»



Cet état d’esprit se prolonge jusqu’au début du 20ème siècle au travers de  Victor Hugo, Jean Jaurès et d’Emile Zola, tous deux membres de la revue L’ Ami des bêtes.

L’auteur du célèbre J’accuse insiste lui aussi sur la convergence des luttes pour l’émancipation humaine et les droits des animaux, plaçant même la seconde au-dessus de la première :

« Je ne savais pas faire preuve de vaillance, car la cause des bêtes pour moi est la plus haute, intimement liée à la cause des hommes, à ce point que toute amélioration dans nos rapports avec l’animalité doit marquer à coup sûr un progrès dans le bonheur humain ».



Et voici ce qu'écrivait Darwin : 
' L'homme dans son arrogance pense être une grande œuvre, digne de l'acte d'un dieu. Il est plus humble et, à mon avis plus vrai de le voir comme créé à partir des animaux .... et 



‘L'humanité envers les animaux inférieurs est l'une des plus nobles vertus dont l'homme est doté, et il s'agit du dernier stade du développement des sentiments moraux. C'est seulement lorsque nous nous préoccupons de la totalité des êtres sensibles que notre moralité atteint son plus haut niveau’.  

Enfin … Une des plus éminentes marxistes révolutionnaires Rosa Luxembourg qui fut assassinée avec Karl Liebknecht en janvier 1919 lors de la révolution prolétarienne allemande consécutive à la révolution russe écrivit ceci dans ses lettres de prison en 1915 :

Savez-vous que j’ai souvent l’impression de ne pas être vraiment un être humain, mais un oiseau ou un autre animal qui a pris forme humaine ?’

A vous, je peux bien le dire ; vous n’allez pas me soupçonner aussitôt de trahir le socialisme. Vous le savez, j’espère mourir malgré tout à mon poste, dans un combat de rue ou un pénitencier. Mais, en mon for intérieur, je suis plus près de mes mésanges charbonnières que des "camarades".

Elle établit alors une comparaison entre les oiseaux chanteurs menacés de disparaître en Allemagne avec les ‘Peaux-Rouges en Amérique du Nord’, remarquant qu’eux aussi sont peu à peu chassés de leur territoire par l’homme civilisé et sont condamnés à une mort silencieuse et cruelle’.

Dans le courant socialiste coopératif ( réformiste ) français  de la fin du 19ème siècle un professeur d'économie charles Gide dans la revue socialiste, écrivait ces incroyables pensées :

« Je veux ici plaider la cause d’une classe particulière de travailleurs et de salariés — classe nombreuse car ses membres se comptent par millions ; — classe misérable car, pour obtenir de quoi ne pas mourir de faim, ils sont assujettis au travail le plus dur, à la chaîne et sous le fouet ; — classe qui a d’autant plus besoin de protection qu’elle est incapable de se défendre elle-même, n’ayant pas assez d’esprit pour se mettre en grève et ayant trop bonne âme pour faire une révolution ; je veux parler des animaux, et en particulier des animaux domestiques.

Il semble que les travailleurs-hommes devraient avoir certains sentiments de confraternité pour les travailleurs-animaux, ces humbles compagnons de leurs travaux et de leurs peines […]. Je ne sais pas trop si les animaux sont nos frères par les lois de l’hérédité et par le fait d’une commune origine ; mais ce que je sais bien – et cela me suffit – c’est qu’ils sont nos frères par le fait d’une association indestructible dans le travail et dans la peine, par la solidarité de la lutte en commun pour le pain quotidien. »

Contemporain de Charles Gide, un écrivain anglais et militant socialiste du nom de Henry Stephens Salt rencontrait à la même époque un certain George Bernard Shaw : tous deux membres de la Fabian Society, ils partageaient un intérêt commun pour le socialisme et le végétarisme.

Pour le premier comme pour le second, l’opposition à l’abattage et à la vivisection étaient un impératif moral ; en outre, Salt dénonçait vertement la « dissonance cognitive », c’est à dire cette indignation sélective que nous ressentons pour le sort de certains animaux : « Il est grand temps de se préoccuper de la question du bien-être animal, selon un principe rationnel et éclairé, d’arrêter de passer ainsi vainement d’un extrême à l’autre : de l’indifférence absolue d’une part à des élans de compassion spasmodiques et partiels de l'autre. 

 

Dans les années 1900 il y a une convergence entre les idées féministes, végétariennes et socialistes.

La Women Freedom League, une organisation politique féministe et socialiste composée de suffragettes prônait une certaine intersectionnalité en défendant leur cause pour le droit de vote des femmes tout en suivant pour la plupart un régime végétarien.

L'historienne  Leah Leneman, dans son ouvrage “The awakened instinct : vegetarianism and thewomen’s suffrage movement in Britain”, rapporte par ailleurs que de nombreuses suffragettes étaient végétariennes avant même la constitution de la WFL.

C’est ainsi qu’ouvrit en 1916 le Minerva Café dans le district de Holborn, à Londres, lequel servait de « délicats déjeuners végétariens ». « Le végétarisme vise directement, comme nous, les femmes, à l’abolition de l’incorrigible doctrine de la force physique. […] Le végétarisme est avant tout une question féminine. C’est horrible de penser que les femmes devraient avoir à manipuler et à cuire de la chair morte. »

Menées par la végétarienne Charlotte Despard, les membres de la Ligue refusaient de payer leurs impôts en raison de l’absence de représentativité des femmes, s’opposaient à la vivisection et voyaient dans le suffrage des femmes et le végétarisme une lutte liée contre l’ordre patriarcal. 

Cette convergence entre végétarisme, féminisme (et socialisme) sera explicitée dans « La politique sexuelle de la viande » publié en 1990 par Carol J. Adams.

Mettant en exergue l’exercice de la domination masculine à travers la consommation de chair animale : une consommation « consumation » pour reprendre l’expression baudrillardienne ; potlatch moderne, les destructions somptuaires de notre société de consommation n’épargne ni les animaux, ni les femmes.

Réifié·e·s, réduit·e·s à l’état de biens de consommation (« viande à viol »), animaux et femmes paient le tribut d’une masculinité qui dénie la capacité des intéressé·e·s à être perçu·e·s comme des êtres à part entière.

Adams a théorisé ce processus d’invisibilisation et d’objectification à travers le concept de « référent absent ». L’animal, détruit et façonné en denrée consommable est le référent absent de la viande. Il est invisibilisé : une invisibilisation que pratique la société patriarcale à l’égard des femmes, abaissées au rang d'objets corvéables et, également, consommables.

À l’inverse, l’absence de consommation de chair animale est souvent considérée comme une entreprise d’« émasculation », d’une signe d’une « fragilité ».

C’est ce que Carol Adams met en exergue dans son ouvrage en l’accompagnant de publicités qui entretiennent les stéréotypes de genre et qui présentent la viande comme une affaire d’hommes. Entre poulet anthropomorphe mi-femme en bas-résilles mi-poulet et burgers rappelant des « seins », ces liens symboliques sont rappelés par Kate Stewart et Matthew Cole dans leur article « Meat is masculine.

Cette notion de référent absent semble être perçu par les végétariennes (à l’image des suffragettes sus-mentionnées) : pour rappeler que sont consommés des animaux morts, elles se réfèrent à un vocabulaire violent, en prise avec la réalité dans toute son horreur.

Plutôt que d’utiliser des termes tels que « aliments riches en fer », « délectable », elles utilisent des expressions comme  « portions partiellement incinérées d’animaux mort » ou « non-humains abattus ». Ce rappel historique permet à l’autrice de partager avec son lectorat un exemple personnel permettant d’inverser notre perception de la viande :

« Lui : Je ne peux plus fréquenter de restaurants italiens avec toi, puisque je ne peux plus commander mon plat préféré : l’escalope de veau au parmesan. Elle : Le commanderais-tu s’il s’appelait morceaux de petits veaux anémiques dépecés ? »

À travers le travail d’Adams, critique éloquente et virulente de l’oppression patriarcale, c’est la critique du capitalisme qui se dessine : la dénonciation d’une société d’abondance, de consommation déraisonnée, un monde où la domination masculine s’est arrogée le droit de traiter les corps féminins comme des biens et des moyens de production.

Après  cette brève histoire des idées revenons sur notre courant politique marxiste et trotskyste, antispéciste et écologiste.

Marx, Engels et leurs successeurs en particulier Lénine et Trotsky avaient d'autres priorités en leur temps, et la souffrance animale n 'avait pas alors atteint les proportions de l'abattage industriel.

Toutefois le silence des révolutionnaires depuis ces 70 dernières années est assourdissant !

Pourquoi des révolutionnaires idéalistes et dévoués au service des opprimés humains, manquent-ils de considération morale pour les animaux non humains ?

Comme disait Marx, la tradition de toutes les générations mortes pèsent d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants, et cela vaut aussi hélas pour les marxistes aujourd’hui.
Il y a l'héritage culturel très lourd de 2000 ans d'anthropocentrisme judéo-chrétien.

Sans doute Descartes et sa théorie de l’animal machine qui arrive au 17ème siècle fait beaucoup de dégâts et nous amène très en arrière sur ce plan. Il suffit de se rappeler qu’il y eut au moyen âge des procès en animalité, ce qui révèle que l’animal était alors considéré comme similaire à l’homme, comme être social et sujet de droit.

La vision cartésienne, qui fut vivement critiquée par les philosophes des lumières comme Voltaire, renvoie l’animal dans le monde de l’inanimé, comme une chose, qui ne connaît donc pas la douleur, et la conséquence de cette vision est d’évacuer toute considération morale à son égard. L’animal comme la plante devient une simple chose économique, une marchandise.

A LIMASE notre ambition est de donner de la vigueur, une base politique révolutionnaire aux idées animalistes en les associant aux idées trotskystes, c'est à dire au matérialisme historique et dialectique du Marxisme, aux luttes de classe et à la révolution socialiste qui est la seule perspective possible de libération des travailleurs humains et des animaux non humains. Osons même l'écrire, aux travailleurs animaux non humains tant leur rôle de forces productives, exploitées, esclavagisées, sont au coeur de l'économie humaine depuis la révolution néolithique.

Seuls les anthropocentristes, dans leur aveuglement et leur arrogance peuvent être choqués par ce rapprochement. Oui les animaux non humains sont nos cousins biologiques mais ils sont aussi une immense classe de travailleurs exploités, broyés, niés dans leur existence. Seule une mentalité du type féodal, capitaliste, esclavagiste ou colonialiste peut nier cette réalité. Aucun communiste ne peut accepter ces rapports d'exploitation et d'oppression !

Concluons par les textes de ces deux auteurs comme nous l'avons fait tout au long de cette page.

Pascale Corbin dans : ‘ la domination humaine, l’invraisemblable silence’ écrit :

A ce jour, l’animal n’a toujours pas été pris en compte comme notre prochain. Il est le seul. Défendre les êtres qui ne font pas partie de notre espèce, communément considérés comme inférieurs, est du plus mauvais goût, d’autant plus si (ce qui paraît logique) on refuse d’en consommer la chair, voir les produits qui en sont issus. Ce refus, cette éthique, ce noble effort, cette compassion, la défense des animaux non humains sont ridiculisés, rejetés en bloc ou ignorés sous l’effet d’une profonde méconnaissance, d’une prétendue supériorité, au nom d’une culture, de croyances erronées, d’habitudes et de traditions, de l’enfermement idéologique, de l’obéissance aveugle à la société de consommation, de la peur du changement bref au nom du conditionnement dont chacun est une victime consentante, formatée au système du profit à n’importe quel prix, donc foncièrement immoral, dès la petite enfance.

Et ces magnifiques paroles  de Marguerite Yourcenar :

Je me dis souvent que si nous n'avions pas accepté, depuis des générations, de voir étouffer les animaux dans des wagons à bestiaux, ou s'y briser les pattes comme il arrive à tant de vaches ou de chevaux, envoyés à l'abattoir dans des conditions absolument inhumaines, personne, pas même les soldats chargés de les convoyer, n'auraient supporté les wagons plombés des années 1940-1945.

Si nous étions capables d'entendre le hurlement des bêtes prises à la trappe (toujours pour leurs fourrures) et se rongeant les pattes pour essayer d'échapper, nous ferions sans doute plus attention à l'immense et dérisoire détresse des prisonniers de droit commun ...

Et sous les splendides couleurs de l'automne, quand je vois sortir de sa voiture, à la lisière d'un bois pour s'épargner la peine de marcher, un individu chaudement enveloppé dans un vêtement imperméable avec une « pint » de whisky dans la poche du pantalon et une carabine à lunette pour mieux épier les animaux dont il rapportera le soir la dépouille sanglante, attachée sur son capot, je me dis que ce brave homme, peut-être bon mari, bon père ou bon fils, se prépare sans le savoir aux « Mylaï » [village vietnamien dont la population fut massacrée par un détachement américain]. En tout cas, ce n'est plus un « homo sapiens ».

Ailleurs, Yourcenar affirme qu'un animal est une personne, sans craindre d'aller à l'encontre de ce qui est communément admis en Occident. Quand on lui posait la question : pourquoi cet intérêt pour les animaux ? Yourcenar, qui disait ne pas voir de grande différence entre le chagrin qui lui causait la mort ou le départ d'un être humain cher et ceux d'un de ses animaux, répondait : Ce qui me paraît importer, c'est de posséder le sens d'une vie enfermée dans une forme différente. C'est déjà un gain immense de s'apercevoir que la vie n'est pas incluse seulement dans la forme en laquelle nous sommes accoutumés à vivre, qu'on peut avoir des ailes au lieu de bras, des yeux optiquement mieux organisés que les nôtres, au lieu de poumons des branchies. Ensuite il y a le mystère des migrations et des communications animales, le génie de certaines espèces ... Et puis, il y a toujours pour moi cet aspect bouleversant de l'animal qui ne possède rien, sauf la vie, que si souvent nous lui prenons.


Merci Madame Yourcenar ! 

Vive la révolution prolétarienne mondiale, vive le communisme qui respecte le monde vivant !