Agriculture industrielle, Chimie, Ogm et Agro-écologie

 

Pourquoi sommes nous contre cette agriculture industrielle, contre les technologies actuelles utilisées par le capital pour produire de la nourriture.

Notre démarche est-elle compatible avec le marxisme qui voyait dans le développement technique et celui des forces productives en général un progrès et qui malgré son caractère capitaliste et ses conséquences toujours effroyables, nous rapprochait malgré tout des conditions objectivement favorables pour le socialisme.

Oui car d’une part le marxisme n’est pas un dogme et il doit permettre de reconsidérer les conséquences du développement des technologies et des forces productives à notre époque. La machine à vapeur au 19ème siècle est d’une autre nature que l’empoisonnement et la pollution universelles par les pesticides ou les plastiques et autres perturbateurs endocriniens.

Ensuite les conditions objectives pour la révolution socialiste existaient déjà depuis l’époque de Marx au moins en Europe, et il n’est pas dit que ces forces productives doivent sans cesse croître ou sont synonymes de progrès. En effet il est contestable que submerger notre planète de produits toxiques comme les millions de molécules chimiques ou comme les déchets nucléaires expriment notre génie scientifique et une avancée historique pour l’humanité.

Est-ce que la concentration capitaliste dans l’agriculture accroît les conditions favorables pour la révolution prolétarienne par les facteurs suivants ?

- Augmentation des forces productives et de la production.

- Diminution de nombre de paysans petits propriétaires privés et augmentation de la classe salariée rurale, agriculture concentrée dans de plus grandes entreprises.

En théorie oui mais ce n’est pas mécanique. Il n’ y a pas eu de preuves tangibles favorisant des conditions révolutionnaires à ce jour car les luttes paysannes dans les pays développés sont restées des luttes patronnales.

Par ailleurs il n’est pas dit que l’on ne puisse pas avoir un esprit critique par rapport à telle technologie ou telle recherche scientifique (souvent pseudo-scientifique d’inspiration militaire ).

Nous rejetons la recherche militaire par exemple aussi extraordinaire que soit la portée d’un missile ou la capacité explosive d’une bombe nucléaire, de même le nucléaire civil nous paraît d’une nuisance suffisante pour ne pas l’avoir imposé aux générations futures.

Nous ne sommes pas non plus des admirateurs de toutes les zootechniques (en réalité aucune), comme l’épédonculation où l’on arrache les yeux des crevettes roses femelles pour les stresser afin qu’elles pondent plus d’oeufs ou d’ouvrir un hublot dans le corps d’une vache laitière qui permet de passer la main dans la panse de celle-ci, le broyage des poussins mâles, etc... (l’exploitation animale est aussi férocement sexiste : oeufs, lait...). Les exploits de ce genre dûs au génie capitaliste abondent tous aussi nauséabonds et cruels.

Par ailleurs l’augmentation de la production agricole a dérivé vers des gaspillages de plus en plus importants en créant des besoins artificiels, en multipliant de nombreux produits dérivés à base de lait ou céréales, et a augmenté la production de viande de manière inconsidérée (et criminelle).

Et bien entendu la faim n’a pas diminué dans le monde, ce n’était d’ailleurs pas le but quoiqu’en disent les capitalistes et leurs propagandistes. Donc nous nous permettons, au risque de passer pour réactionnaires, de mettre en cause un certain nombre d’aspects techniques et idéologiques, que sur un plan éthique, nous rejetons dans l’agriculture actuelle.

Cela ne signifie pas qu’il ne fallait pas que l’agriculture évolue. Et nous espérons que ce sera la tâche de la révolution socialiste.

Nous ne pouvons pas non plus toujours raisonner de manière théorique ou dogmatique en considérant que plus il y a de mécanisation, plus il y a de gros et grands moyens de production, mieux c’est, parce qu’il y aura toujours des gains de productivité.

La bourgeoisie a ses objectifs qui passent certes par l’industrialisation pour augmenter ses marchés et ses profits mais pourquoi seraient-ils nécessairement les nôtres ?

L’agriculture est une activité qui met en relation les techniques avec la nature et donc le vivant : la végétation, les animaux. Et elle produit de la nourriture. C’est une différence avec les autres industries.

Une autre différence fondamentale est que la nature est féconde c’est à dire qu’elle produit plus que ce qu’on y met, à condition de la respecter et de la laisser jouer son rôle.

En France, il y avait jusque la seconde guerre une importante paysannerie avec des propriétés morcelées. L’état bourgeois a choisi de remembrer, pour développer la mécanisation et progressivement concentrer les propriétés en diminuant le nombre de paysans. Evidemment elle l’a fait avec sa violence habituelle.

Nous nous empressons de dire que ce n’est pas la petite paysannerie en tant que propriétaires privés que nous défendons, nous sommes aussi pour la socialisation de la terre, de l’agriculture mais sous une autre base que la monoculture, l’usage d’engrais chimiques et pesticides, les ogm, la mécanisation à outrance.

Et nous ne sommes pas indifférents aux rendements non plus loin de là, ils sont indispensables et il y en aura de meilleurs avec l’agroécologie et l’agroforesterie nous en sommes convaincus.

Nous reviendrons sur la productivité et l’efficacité de l’agriculture actuelle puisque c’est l’argument central de sa justification malgré ses impacts désastreux et criminels.

Nous pensons que l’agriculture est une activité qui peut être passionnante, gratifiante, épanouissante et ... savante, à un niveau bien plus élevé que le niveau des paysans d’alors grâce aux progrès des connaissances scientifiques, bien qu’ils avaient aussi leur vécu et leur savoir faire.

Il suffit de connaître certains agriculteurs pour comprendre la satisfaction d’avoir cultivé ses fruits ou légumes. D’ailleurs l’agriculture attire aujourd’hui des néo-paysans comme on dit qui viennent d’autres horizons. Cultiver son potager est aussi un loisir pour de nombreux urbains ou ruraux qui ont un autre travail.

Pourquoi nous communistes y serions nous opposés ou indifférents si l’agriculture est une activité où l’individu peut s’épanouir.

L’agriculture industrielle elle n’a rien de savant elle s’est imposée avec brutalité, elle a dévasté les paysages, éliminé des centaines de milliers de kilomètres de haies, et la paysannerie.

Les paysans actuels sont surtout des exploitants qui font ce que leur dictent les grandes entreprises en amont comme en aval. Ensuite elle a choisi les techniques les plus violentes à l’égard de la terre commes les labourages profonds, mécanique oblige ce qui élimine toute la fertilité naturelle des sols des premiers 40 cm. Alors elle a remplacé cette fertilité naturelle par des engrais chimiques, cela tombe bien elle en avait en stock suite à la première mondiale. Et puis suite avec les monocultures il a fallu qu’elle bombarde, qu’elle tue et quelle arrose de poisons une partie des terres cultivables de la planète.

Ceux-ci ont été nommés du beau nom de phytosanitaire, en réalité ce sont des pesticides, herbicides, fongicides, nématicides, acaricides, termes tous dérivés du signifiant tuer.

Et pour cause, leur origine, comme celle du nucléaire civil, se trouve dans l’industrie militaire. Doit-on faire fi de ces origines militaires, ou peut-on croire que d’une recherche dans la destruction et la mort il pourrait sortir que chose de bon ou de progressiste.

Les ressorts morbides de ses origines sont les mêmes. Il s’agit de tuer, d’éradiquer, d’éliminer avec une violence absolue ce que la nature nous a offert de manière abondante et intelligente suite à des processus naturels de dizaines d’années voir de siècles, à savoir la fertilité naturelle des sols grâce à une incroyable biodiversité, que l’on connaît encore peu car notre société a tourné le dos au respect et à une connaissance différente de cette nature.

En l’occurence pour les sols on est dans la microbiologie avec les insectes, acariens, crustacés, champignons (qui créent l’humus en dégradant la lignite), algues, minéraux, et les bactéries sans lesquelles aucune vie ne serait possible.

L’on sait aujourd’hui que les forêts, comme les sols, sont les écosystèmes les plus productifs et diversifiés de la planète (voir sur internet les conférences des chercheurs Bourguignon, Dufumier). Dans les océans il y a l’équivalent avec les récifs corralliens.

L’intelligence serait de se dire comment fonctionne une forêt pour être si productive et si diverse par la variété prodigieuse de ses espèces.

Ne pourrions nous pas l’étudier sérieusement afin mieux comprendre ses mécanismes et les reproduire ou de les imiter pour notre production agricole. C’est un vrai défi scientifique qui pourrait être celui de l’agro-écologie et de l’agro-foresterie.

Nous savons en effet que des paysans alternatifs obtiennent de meilleurs rendements sans utiliser aucun intrant voir sans irrigation.  L’agroécologie, ou la permaculture, s'inspirent de l'écologie naturelle (biomimétisme ou éco-mimétisme) et tendent à valoriser la diversité d'un écosystème pour augmenter les interactions productives entre les êtres vivants créant ainsi un système plus résilient. 

Alors cette agriculture industrielle est elle si efficace, productive et a-t-elle augmenté la production.

Compte tenu des moyens mécaniques et de l’accaparement considérable de terres , il est bien le minimum qu’elle ait augmenté la quantité produite. Elle a augmenté les rendements à l’hectare, en monoculture, oui mais à quel prix.

Pour juger, il faudrait inclure les coûts de tous les intrants : les subventions, la mécanisation, les coûts en carburant, engrais et pesticides, la pollution engendrée, la contamination de la nourriture (excusez du peu) , les risques sanitaires, la perte de biodiversité sauvage et des variétés agricoles, l’érosion et la perte de fertilité des sols, la destruction des paysages ( mais cet aspect ne compte pas semble-t-il dans le progrès) et .... des paysans.

Si les causes n’étaient pas dans la recherche égoïste du profit, nous pourrions aisément qualifier cette agroculture chimique des engrais et pesticides de stupide. Et certainement pas de progrès.

Pour terminer trop brièvement avec cette agriculture guerrière nous devons parler des OGM. Là aussi, nos camarades trotskystes sont toujours enthousiastes par rapport à une démarche qui prétend être scientifique et aller dans le sens du développement de la productivité alors qu’il s’agit du pire bricolage pseudo-scientifique qui soit, entièrement dominé par quelques multinationales criminelles qui veulent faire main basse sur les semences et donc contrôler la chaîne alimentaire du monde.

En effet il s’agit d’amateurisme total, et sans contrôle, et dont les effets désastreux sont déjà constatés depuis des dizaines d’années. Les paysans indiens suicidés par milliers à cause du coton transgénique, la paysannerie mexicaine ruinée et humiliée par le maïs transgénique en témoignent. Lire les ouvrages de marie monique Robin, par exemple le monde selon Monsanto.

Mais avant tout revenons à un problème philosophique et éthique.

Par quel moyens crée-t-on les OGM ? En manipulant l’ ADN et en prélevant des gènes présentant une utilité, puis en les transférant dans des cellules d’autres organismes. Ces techniques de manipulation génétiques n’ont plus rien à voir avec la sélection généalogique telle qu’elle est pratiquée par les sélectionneurs depuis les travaux de louis de Vilmorin au milieu du 19ème siècle, qui repose sur les lois naturelles, en l’occurrence la reproduction sexuée des organismes végétaux. Il s’agit là d’un procédé qui tente de briser par tous les moyens ces lois naturelles. Il serait long de rentrer dans les détails techniques sur les difficultés rencontrées pour introduire ces gènes étrangers rejetés par les cellules hôtes....

Voici ce qu’écrit arnaud Apotheker dans son livre Du poisson dans les fraises :

Dans sa volonté de soumettre la nature, l’homme utilise des technologies guerrières pour forcer les cellules à accepter des gènes d’autres espèces. Pour certaines plantes, il utilise l’arme chimique, ou bactériologique, pour infecter des cellules avec des bactéries et des virus; pour les autres il se contente des armes classiques, avec l’utilisation du canon à gènes. Dans les deux cas, les pertes sont considérables, puisque en moyenne une cellule sur mille intégre le transgène, survit et peut générer une plante transgénique.

Actuellement des millions de paysans vivent un drame en asie et en amérique centrale et du sud. Leurs semences millénaires, les centaines de variétés de maïs qui constituent la nourriture principale au Mexique, chacune ayant sa particularité liée au climat, au sol, à divers facteurs géographiques se trouvent polluées et menacées par le mais transgénique qui n’a d’autre effet que de les spolier, la productivité annoncée n’ ayant jamais été au rendez-vous...

LO n’est pas en désaccord avec que ce que nous écrivons sur l’utilisation des ogm par les multinationales ci-dessus, mais justifie la recherche génétique actuelle pour l’agriculture.

Nous ne sommes pas hostiles à la recherche en génétique en général et encore moins dans le domaine médical. Mais pour l’agriculture et les Ogm il s’agit de créer des espèces distinctes à part entière ce qui est irresponsable. 

Alors que pour la médecine la recherche se fait sur des cellules, des tissus.

Cela fait une grande différence ! D’ailleurs LO est en désaccord avec le clonage d’humains, c’est une bonne nouvelle. Comme eux nous croyons dans la sexualité comme méthode reproductive et comme source de diversité des êtres humains et des espèces végétales, donc dans l’agriculture aussi ! C’est la reproduction sexuée qui fait de chaque être un individu unique.

C’est un trop bref résumé de l’ignominie des OGM. Notre objectif ici est de dire ici que comme pour le nucléaire sur lequel nous reviendrons, il ne s’agit pas simplement de dire que toute technologie a ses risques et ses avantages ...

Dans l’agriculture chimique, dans les Ogm, dans le nucléaire il s’agissait d’orientations mauvaises dès le départ. Et les conséquences seront plus toxiques et dangereuses encore pour les générations qui viennent et pour longtemps.

Telle est l’idéologie dominante anti-écologiste qui fait partie bien entendu de l’idéologie bourgeoise sur un fonds de civilisation judeo-chrétienne, de la domination de l’homme sur la nature, de son anthropocentrisme, de sa supériorité arrogante et prétendue et puis surtout elle justifie de pouvoir la détruire en faisant des profits.

Mais comme communistes écologistes nous souhaitons ouvrir ce débat fondamental qui concerne notre rapport à ce qui est différent de nous, à ce que nous avons appris à détester finalement c’est à dire la terre, les champignons, les insectes, les mauvaises herbes, les animaux injustement, scandaleusement, désignés comme nuisibles bref tout le monde vivant en général contre lequel le capitalisme a aussi mené une véritable guerre.

Nous ne pourrons en sortir que grandis moralement et devons y réfléchir et se préparer dès aujourd’hui car la société socialiste devra révolutionner l’agriculture comme le reste.