Progrès, technologie, écologie et communisme

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, écrivait Rabelais

Comme Marxistes nous considérons que le développpement des forces productives, de l’industrie et de la science de ces deux derniers siècles devrait (aurait dû) permettre à l’humanité de sortir d’une société de classes basée sur la misère et l’exploitation.

Le prolétariat, la classe salariée en général, produite par ce développement historique, toujours plus nombreuse, n’a pas eu jusqu’à présent la conscience et la capacité de renverser l’ordre capitaliste à l’échelle mondiale.

Malheureusement cette défaite n’a pas été sans conséquences terribles : deux guerres mondiales au 20ème siècle, d’innombrables guerres locales chroniques, la dévastation de notre planète.

Rien ne fut épargné par les crimes, par la gabegie et l’irresponsabilité du capital : ni la diversité des cultures humaines, ni les merveilles de la biodiversité, ni l’air, ni l’eau ni même l’espace.

Ce développement historique a eu lieu, nous ne pouvons plus revenir en arrière.

Nous n’avons pas choisi les bouleversements sociaux d’une cruauté absolue de ces derniers siècles avec l’expropriation de la paysannerie, la création du prolétariat et son exploitation forcenée y compris les enfants, la traite des noirs africains, la colonisation, l’extermination des indiens d’amérique ...

Comme l’a écrit Marx, Le capital est venu au monde en suant le sang et la boue par tous les pores de sa peau ...

Comme communistes nous pensons que seule une société débarrassée de la domination de classes, du marché et de la concurrence, gérée par les travailleurs sur la base de la coopération prendrait les décisions démocratiquement sur le mode vie souhaité, sur les types de transports, d’énergie, d’agriculture et d’alimentation.

Dans la société capitaliste au contraire ce sont les forces anarchiques du marché, les intérêts égoïstes, la recherche du profit qui font évoluer la société sans que chacun n’ait son mot à dire.

Pire même aucun gouvernement, aucun capitaliste non plus ne sait précisément quel type de société, quelles conséquences pour la population et l’environnement découleront des choix technologiques comme les transports routiers, énergie nucléaire, informatique, pesticides, ogm, etc...

Jusqu’à présent néanmoins, il était considéré que toute innovation ou perfection technologique était un progrès de civilisation en soi malgré des conséquences négatives entraînées par l’anarchie capitaliste.

Y compris  chez de nombreux marxistes révolutionnaires qui continuent de voir ces avancées techniques comme progressistes car elles augmentent les capacités de production, la productivité, les connaissances scientifiques, donc favorisent toujours les conditions objectives vers des perspectives révolutionnaires.

Devant les conséquences environnementales négatives, il y a toujours eu des courants écologistes réfractaires remettant en cause non pas le capitalisme mais la technologie ou l’industrialisation. Ces écologistes bien que minoritaires béneficient toutefois d’une certaine popularité dans le climat d’inquiétude lié aux dégats environnementaux, en tous cas souvent plus que les mouvements communistes.

Mais nous savons que comme réformismes voulant ménager le capitalisme ils sont impuissants à changer quoi que ce soit et ils l’ont montré à bien des reprises quand ils ont eu des responsabilités politiques.

Notre courant se définit comme marxiste et trotskyste.

Mais à la différence de beaucoup de nos camarades, Lutte ouvrière en particulier avec qui nous partageons de nombreuses analyses par ailleurs, nous avons une démarche plus critique des technologies, et surtout nous les jugeons avec des principes, une éthique, une vision du monde.

Nous n’avons pas leur croyance, leur foi dans le Progrès et dans le fait que la Science peut tout et qu’on finira bien par trouver une solution technique. Surtout quand c’est la bourgeoisie qui définit les orientations pour ses besoins de classe, c’est à dire le productivisme, la domination de la nature, l’industrialisation, la création de besoins artificiels et donc de marchés, l’augmentation des profits.

Nous nous sentons une responsabilité forte vis à vis des générations suivantes impliquant la mise en oeuvre d’un principe de précaution, de plus de prudence et d’humilité.

Et nous avons aussi une responsabilité à l’égard de la Nature et des Animaux non humains qui forment les millions d’espèces vivantes qui vivent ou tentent de vivre à côté de notre seule et unique espèce humaine.

A ce titre nous nous considérons aussi comme écologistes et antispécistes.

Car si nous sommes ouverts à la science et à la technologie, aux connaissances et aux arts, nous le sommes encore plus à l’égard de ce qui est à la base de tout et qui était là bien avant nous, c’est à dire la nature avec ses écosystèmes et sa biodiversité, et que le système capitaliste criminel spolie et anéantit en totale ignominie et dans une certaine indifférence finalement de la majorité des citoyens y compris souvent des révolutionnaires.

Tout se passe en effet comme si les choix de production d’énergie, de transports, d’agriculture, de communication, d’aménagement du territoire étaient normaux, naturels ou le résultat du génie humain en général et qu’il n’y aurait pas d’alternative y compris dans la société socialiste car malheureusement ils ne sont pas non plus critiqués ou à peine par le mouvement ouvrier.

En réalité de la même manière que la machine à vapeur allait transformer les rapports économiques, l’électricité, la voiture, l’avion , l’informatique allaient le faire aussi sans que personne ne choisisse ou ne réfléchisse aux conséquences à la fois sur notre vie, sur nos rapports entre les humains, entre les humains et les animaux et avec la nature.

Ceci est le propre d’une société de classes qui ne maîtrise pas son économie et que nous Marxistes voulons abolir.

Le problème est que entre la machine à vapeur et l’empoisonnement universel de la planète par des pesticides ou des perturbateurs endocriniens par exemple, il y a une différence de degré et même de nature. Car si l’une a permis de soulager le travail des hommes, et de produire plus en moins de temps, nous voyons que certaines technologies du 20 ème siècle posent tellement de problèmes que des révolutionnaires communistes doivent les remettre en question.

La révolution socialiste aurait pu se produire en europe de l’ouest en 1848 lorsque Marx écrivait le manifeste du Parti communiste. En tout état de cause les conditions étaient mûres à partir de la révolution russe de 1917, puis il y eut un début de révolution mondiale de 1918 à 1925 qui échoua.

Si cette révolution avait eu lieu , si nous avions enfin eu la maîtrise de notre économie, et pu satisfaire les besoins essentiels de l’humanité, sans égoïsme, d’une manière rationnelle, aurait-on couvert la planète de béton et de routes, défiguré des villes, anéanti des forêts, avec les peuples et les animaux qui y vivent, construit des centrales nucléaires, développé l’automobile et les avions charter, installé la télévision dans chacun des foyers etc...

Nous ne le saurons jamais. Il est probable qu’en partie notre société industrielle aurait continué de développer les technologies mais sans doute avec beaucoup moins de précipitation et bien plus de rationalité et de responsabilité. Et nous l’espérons de respect pour les femmes et les hommes, les enfants, et pour la nature, les animaux.

Notre propos est donc de combler un silence assourdissant de la part des marxistes révolutionnaires concernant l’extrême invasion de l’industrie, de la technologie dans nos sociétés et de ses conséquences sur nos modes de vie et surtout sur la nature.

Si nous nous retrouvons sur les nombreuses critiques et alarmes au sujet des conséquences environnementales liées au réchauffement climatique, à l’extinction des espèces, aux pollutions innombrables de l’air, de l’eau, des océans ... il y a toutefois dans ces contestations une absence de compréhension des causes d’une part et encore moins de perspective révolutionnaire socialiste.

Sans doute beaucoup pensent que les Marxistes n’ont rien à dire sur ces questions environnementales ou sociétales voir qu’ils sont d’accord avec ce qui est considéré comme le productivisme. Ce qui malheureusement a été en partie vrai. 

Nous avons déjà développé nos critiques vis à vis de l’agriculture industrielle comme étant une agriculture de guerre contre le vivant au lieu de s’appuyer sur les potentialités naturelles et productives de la biodiversité, dans les sols en particulier. ( voir agriculture sur www.limase.fr )

Nous ne reviendrons pas non plus ici sur la folie criminelle de l’industrie nucléaire, de sa dangerosité et de son irresponsabilité vis à vis des générations futures. Ni sur le militarisme inhérent au capitalisme, qui consomme une part considérable des richesses produites, rien que cela devrait le condamner aux enfers.

Parlons plutôt de choix plus insidieux, moins condamnables en apparence, et peu critiqués. Mais qui nous paraissent pourtant très discutables et critiquables.

Par exemple les grandes transformations du début du siècle comme la voiture et l’avion grâce aux moteurs à combustion à partir des énergies fossiles.

N’y a t il pas du génie, de la science à les avoir inventés, n’ont-ils pas une utilité ? Aujourd’hui peu de personnes le contesteraient. Bien qu’il y ait pourtant plein de raisons pour le faire. Pourquoi polluer, extraire du pétrole, pourquoi justifier le bruit, la vitesse, l’insécurité, les effets déletères sur la nature etc ...

Mais il serait difficile de revenir en arrière.

Le problème est qu’à un certain niveau d’utilisation, nous voyons les conséquences en terme de pollution de l’air et réchauffement climatique certes mais pas seulement : construction d’innombrables routes, destruction de paysages, fractionnement et artificialisation du territoire, accidents automobiles entraînant des victimes tous les jours, écrasement d’un nombre considérable d’animaux sauvages, nuisances sonores dont peu d’entre nous et peu d’endroits sont épargnés de nos jours.

En particulier les villes qui devraient être des lieux de culture et de socialisation sont devenus invivables par le bruit, la pollution et la promiscuité qui fait que les gens ne se parlent plus. Il est certain que si la jeunesse vivant dans les cités urbaines bénéficiait d’un environnement plus agréable en termes de logement, de paysage et d’espace, elle serait sans doute plus sereine, en dépit d’autres problèmes.

Toutes ces conséquences sont elles acceptables ? Tout dépend de la vision que l’on a de notre vie et de nos rapports avec la nature.

Pour nous il s’agit d’irresponsabilités criminelles. En étant plus modérés nous pourrions dire comme certains que les avantages et les inconvénients cohabitent dans chaque technologie.

Et l’on pourrait multiplier les exemples avec nombre de technologies qui déterminent notre vie économique et sociale : télévision, informatique, télephonie mobile, génétique, robotique. 

A ce stade de développement, encore très inégal mais en passe de devenir dominant dans les sociétés sur la planète, des courants contestaires cités plus haut s’expriment en se revendiquant au choix écologistes, décroissants, alternatifs, antinucléaires, animalistes ou même aussi écosocialistes chez une tendance du NPA .

Mais concrètement que fait-on, que dit-on pour dépasser les appréciations subjectives sur telle ou telle technologie.

Nous sommes à Limase pour la libération des travailleurs, pour une société sans domination de classe.

Comme écrivait Marx : Il n’y a que des usufruitiers qui doivent l’administrer ( la terre ) en bons pères de famille, afin de transmettre aux générations futures un bien amélioré.

Appliqué à la lettre cela signifie que que nous devons aussi ne plus exploiter la terre ou que si on la transforme il faut l’améliorer pour les générations futures. On peut dire que le capitalisme a fait tout le contraire depuis plus d’un siècle.

Mais pour nous communistes révolutionnaires cela signifie que au delà des opprimés humains, la terre, la nature, les écosystèmes, les animaux nous importent. Et à la lumière des dangers actuels, nous devons aussi porter ce cri, cette voix forte qui met la protection de la nature au premier plan de nos préoccupations avec la fin de l’exploitation humaine, des guerres.

Ce qui signifie que si nous ne sommes pas opposés aux technologies, les limites que nous fixons sont les limites de ses impacts sur notre environnement.

La planète et ses habitant(e)s ne sont pas un laboratoire d’expérimentations techno-scientifiques ou pseudo-scientifiques le plus souvent, pour le compte des Bayer Monsanto ou des divers Pentagone de la bourgeoisie mondiale. 

Nous ne sommes pas idolâtres de la voiture, ni des ordinateurs ou des télephones mobiles. Mais ils sont là, nous vivons avec sans les avoir choisis, beaucoup d’entre nous les aiment ! Reconnaissons que contrairement aux armements militaires nuisibles qui enrichissent les capitalistes et défendent leurs intérêts en asservissant les peuples, Ils ont au moins une utilité et une vraie valeur d’usage.

Sur leurs impacts sur notre façon de vivre, de se déplacer et de communiquer, un débat devra avoir lieu dans la société socialiste. Mais ce qui nous importe ici est leur impact sur la biosphère.

Notamment la consommation d’électricité que leur utilisation implique pose problème. S’il faut ajouter des barrages électriques ou des centrales nucléaires, alors nous ne sommes pas d’accord.

Et c’est ce qu’ expriment de nombreuses contestations un peu partout soit pour refuser une décharge, une autoroute, un barrage ...  mais à chaque fois l’Etat capitaliste entre en force à coups de matraque.

De même l’intérêt des animaux sauvages est pour nous fondamental.

Nous ne considérons pas normal de tuer tous les jours d’innombrables animaux avec nos voitures.

Et nous ne voulons pas vivre sur une planète sans animaux sauvages, sans oiseaux qui chantent, sans grillons qui stridulent les soirs d’été, sans éléphants, sans lions et tigres, sans ours et loups, sans ruisseaux qui coulent, sans forêts qui bruissent et nous font frémir et rêver.

Nous ne sommes pas que des êtres sans corps, entassés dans les villes en appartement de quelques mètres carrés, sans expérience sensuelle avec la nature.

Si nous ne sommes pas (ou plus) Néanderthal, nous restons animal avec des besoins sensoriels de sentir, écouter, regarder, toucher, jouir de la beauté du monde, de la mer , des arbres, des rivières, s’enrichir de ces Autres que nous-mêmes que sont les millions d’espèces vivantes.

Comment pourrions vivre pleinement sans cela ? Ils sont notre monde, nous sommes liés à eux depuis des millions d’années, les faire disparaître serait un crime monstrueux, un véritable holocauste.

Nous n’accepterons jamais la laideur de ce monde moderne. Nous serons les défenseurs acharnés des rivières qui coulent librement, des chouettes qui hululent la nuit tombée, des marais où coassent des grenouilles.

Nous ne voulons pas vivre sur une terre quadrillée de routes où l’on ne peut plus marcher à pied, où les sons de la nature sont continuellement couverts par des bruits de voiture, de motos, d’avion ou autres engins motorisés.

Aussi nous voulons un monde pacifié et bienveillant qui implique la suppression des abattoirs qui rien qu’en france massacrent 3 millions d’animaux terrestres chaque jour. Ainsi que l’abolition de la chasse pour le plaisir, de la corrida, des cirques et toute forme de violence à l’égard de nos cousins animaux.

Tout ceci ne reflète pas le Progrès, c’est au contraire la désolation, la tristesse, la destruction, la gabegie. Ce que nous a donné cette terre ce sont des merveilles, c’est la diversité de la vie et de sa beauté, fruits de millions d’années d’évolution et que nous aurions détruit en à peine 2 siècles.

Quelle honte suprême, quelle manifestation de la stupidité et de la cupidité !

La nature, la beauté, la bourgeoisie n’aime pas ! Car cela nous est donné et c’est gratuit.

Et malheureusement beaucoup de révolutionnaires sont restés sur cette idéologie dominante de domination de la nature assimilée en soi au progrès.

Cela est lié à leur vie réelle, au fait qu’ils sont urbanisés et coupés de cette nature. 

Nous récusons ce mot de domination incongru à notre époque. Nous voulons dominer nos rapports avec la nature mais nous voulons surtout la respecter et même rêver avec elle.

Pour nous résumer nous faisons face à des problèmes que ni Marx ni Trotsky ne pouvaient réellement aborder ni même peut-être imaginer. Touefois il est clair que Marx et Engels avaient cette préoccupation de respect de la nature et des équilibres.

Trotsky a eu assez à faire avec la révolution russe, puis le combat contre l’horreur stalinienne. C’est grâce à Trotsky que nous sommes là et espérons encore renverser le capitalisme.

Aujourd’hui il s’agit de changer de paradigme. Oui à la technologie mais considérons ses impacts et son utilité. Oui à la connaissance de la nature mais pour faire avec elle et non contre elle en la souillant.

Il nous semble que Marx et Engels n’ont jamais pensé autrement. Alors que depuis le début du 20ème siècle les recherches et les orientations techno-scientifiques (souvent pseudo-scientifiques) ont été liées aux pires firmes impérialistes et au complexe militaro-industriel.

L’enjeu et la seule perspective de changement sur ce plan comme pour les autres est d’exproprier cette classe capitaliste. Ensuite la société socialiste devra réfléchir et sans doute remettre en question la façon irresponsable de produire les richesses en détruisant et en polluant, et l’aberration des divers aménagements du territoire. 

Vive la révolution socialiste et écologiste mondiale.