Écologie et Antispécisme

Il peut sembler à première vue que ces deux courants d’idées sont proches et se rejoignent et que les écologistes pourraient ou devraient être antispécistes et réciproquement.

Il semblerait logique que ces idées liées au respect de la nature et des animaux soient portées par les mêmes personnes. D’autant plus qu’elles convergent le plus souvent.

Par exemple ne plus consommer de viande libèrerait la pression sur les terres agricoles et les pâturages et pourraient épargner de nombreuses forêts.
Et aucun écologiste sérieux ne peut être insensible aux forêts qui abritent la biodiversité animale et végétale, capte le carbone et produit l’oxygène.

De même l’antispéciste végan en s’abstenant de manger de la viande pour des raisons morales liées à la souffrance animale n’ignore pas qu’il protège aussi les forêts, le cycle de l’eau et le climat. Donc en étant végan on est très écologiste !

Et pourtant ce n’est pas le cas les choses sont plus compliquées .... ces domaines d’étude ont des points de convergence mais ne se recouvrent pas toujours.

Quant à LIMASE, nous revendiquons hautement le fait d’être marxistes dans sa tendance trotskyste, et aussi écologistes et antipécistes.

Nous allons explorer dans cette page le thème de l'écologie et ses liens avec l'antispécisme.

Dans l’écologie il y a de nombreuses tendances ou sensibilités.

La plupart veulent sauvegarder la nature dans l’intérêt de la société humaine car elle a une valeur économique et que simplement on ne pourrait pas vivre ou survivre sans elle. En effet il y a la reconnaissance à minima que la nature nous apporte des ressources et des équilibres nécessaires pour la vie : oxygène, eau, sols, animaux, bois ...

D’abord l’écologie a un caractère immédiat qui n’apparaît pas immédiatement politique.
C’est pour cela qu’elle s’exprime à travers une myriade d’associations créées pour les besoins de multiples causes comme la protection des forêts, ou des rivières, de l’eau douce, des océans, de l’air etc... ou plus spécialisées, par exemple la défense de l’ours des Pyrénées ou contre les dangers de l’énergie nucléaire.

Ces associations se concentrent sur leur objectif particulier et cherchent à obtenir des résultats immédiats, indépendamment du type de société ou de gouvernement. En général les militants de ces associations sont plutôt réformistes de gauche, mais pas toujours, ou plus logiquement votent pour l’écologie politique. Mais la plupart agissent dans un cadre apolitique, le revendiquant même afin de réunir le plus d’adhérents en accord sur la raison d’être de l’association et qui peuvent avoir des opinions politiques différentes.

La pratique de ces associations ne vise pas à remettre en question la société capitaliste dans laquelle on vit, elles agissent par la pression et la négociation le plus souvent mais peuvent aussi utiliser des moyens d’action directe ou radicale par exemple les ZAD (zones à défendre) ou en ce moment les manifestations et occupations de la part de mouvements contre le réchauffement climatique (extinction rebellion, greenpeace , amis de la terre, cop 21... ).

Actuellement quelques associations pour le climat tendent à se radicaliser, à se politiser en se disant anticapitalistes mais sans adhérer à un programme complet et alternatif pour l’instant.

L’écologie politique quant à elle regroupe des mouvements réformistes qui aspirent à gérer les affaires publiques en géneral et lorsqu’ils ont eu des responsabilités localement ou au gouvernement dans plusieurs pays d’europe dont la France, ils ont géré avant tout les affaires de la bourgeoisie en oubliant leurs idées écologistes, voir notre page urgence climatique.

Quel est le lien entre l’écologie et l’antispécisme?

Il y a une convergence au niveau de la protection et du respect des animaux.
Mais si l’antispécisme ( voir notre page communisme et antispécisme ) va aborder la protection animale plus sous l’angle de l’intégrité physique des animaux et de leur droit à vivre sans être exploités et tués, l’écologie va considérer l’environnement et l’habitat des animaux vivant surtout dans la nature sauvage.

Quel antispéciste ne serait pas d’accord avec la protection des loups et des ours et de leurs habitats ? Ou avec l’arrêt de la chasse, la protection des océans, des baleines, des gorilles, des orangs outans etc..

Il est clair que la majorité des antispécistes se retrouve sur nombre de combats écologistes. Ce qui est notre cas à Limase. Mais quelques antispécistes ne sont pas écologistes comme nous le verrons après.

Inversement les écologistes tendent- ils vers l’antispécisme ?

Et bien non cette réciprocité est encore moins évidente car elle met en cause une relation hiérarchique avec l’animal ancienne et profonde qui est celle de le consommer.
Bien entendu les protecteurs des chats, des chiens, des oiseaux, des ours et des loups ne vont pas consommer les animaux qu’ils protègent mais la plupart du temps ils en consomment d'autres.

L’antispéciste ne doit en consommer aucun. Ceci est un principe qui au moins est clair, il est universel, comme le sont les droits de l’homme, mais il est bien plus concret que ce principe bourgeois affiché partout mais surtout bafoué partout. Et il ne peut en être autrement dans la société capitaliste basée sur l’exploitation et la domination de classe.

Alors suivant les écologistes et l'objet de leur combat, elles (ils) peuvent se rapprocher plus ou moins des revendications animalistes ou pas.

Des antinucléaires par exemple peuvent théoriquement n’avoir aucune considération pour les animaux, car il s’agit d’un combat distinct. Réciproquement il sera possible théoriquement (et pratiquement ) de trouver une personne antispéciste indifférente voir favorable au nucléaire.

Mais il en est de même parmi certaines associations animalistes dont le but est de protéger les animaux soit domestiques soit sauvages ( spa, fondation bardot, greenpeace, lpo, sea shepherd et bien d'autres) où l'antispécisme n’est pas nécessairement une préoccupation et dont les militants ne sont pas forcément végetariens. 

Il y a aussi des écologistes qui sont très hostiles à l’antispécisme ou au véganisme.

Précisons que ces deux expressions sont très liées l’une à l’autre. Tout antispéciste conséquent a en géneral ou devrait avoir une pratique végane. Réciproquement et logiquement une personne végane est sans doute antipéciste car elle n'est sûrement végane par hasard tant l'économie et  l'idéologie dominante nous poussent à consommer des produits animaux.

Par exemple Paul Ariès (écologiste politique décroissant) et Jocelyne Porcher défendent une agriculture paysanne et un élevage non industriel respectant les animaux en diminuant leur souffrance. Ils reprochent aux vegans, avec beaucoup de mauvaise foi, de vouloir la fin de des animaux d'élevage ou de la paysannerie.

Paul Ariès a écrit un livre avec le nom provocateur : lettre ouverte aux mangeurs de viande qui souhaitent le rester sans culpabiliser. Sans doute pour soigner sa culpabilité ...

En réalité les véganes veulent simplement que l'on cesse de faire naître des animaux pour les enfermer, les torturer et les tuer. Nous ne voulons sûrement pas la fin des animaux au contraire mais la fin des rapports d'exploitation des animaux ce qui n'a rien à voir. 

Il existe aussi une catégorie minoritaire d’antispécistes antiécologistes.

En france il y au moins deux personnalités connues qui furent les initiateurs des cahiers antispécistes. Ce sont Yves bonnardel et David Olivier. Ils sont très hostiles à l’écologie car celle-ci défend la nature et non pas les habitants de la nature ou les individus.

Et pour eux la nature est cruelle car les espèces se mangent entre elles, en effet il y a des prédateurs et ce n’est pas bien.

Cette Nature grandiose qui les a fait naître comme espèce, qui existe depuis des milliards d’années et qui a produit la vie, et bien elle ne convient pas à leur morale. Il fallait y penser et en les lisant il a fallu se frotter les yeux pour être sûr que ce n’était pas un rêve (ou plutôt un cauchemar).

Oui il y a des antispécistes qui rêvent qu’il n’y ait plus de lions qui attrapent les gazelles, et en généralisant qu’il n’y ait plus de prédateurs. Autant dire qu’ils ne veulent plus de nature du tout puisque la presque totalité des espèces est prédatrice d’une autre.
Y compris les oiseaux souimanga, nectaridés africains proches des colibris sud-américains attrapent occasionnellement des insectes.

Derrière cela il y a une profonde méconnaissance de la nature qui évolue non pas sur les bases de la morale humaine en l’occurence ici de la cruauté mais sur les bases de la nécessité.

Elle fonctionne en se régulant et en s’equilibrant de manière autonome au moins en principe jusqu’à ce que notre espèce soit intervenue de façon de plus en plus invasive.
Il n’y a pas de pollution dans la nature et tout est recyclé. L’air est propre et bon, l’eau est fraiche et potable, les espèces végétales sont diverses presque innombrables et offrent de nombreux fruits et ressources diverses à toutes les espèces vivantes dont la nôtre. 

Par ailleurs le spécisme implique une exploitation ou une oppression qui pourraient être évitées.
Dans la nature la prédation est un processus naturel et nécessaire et il ne peut être assimilé à une exploitation. Le lion pour reprendre un exemple connu n’exploite pas les gazelles, il tue ce qu’il lui faut pour son existence. Autant lui reprocher d’exister.
Quoi de comparable avec ce que les éleveurs industriels font avec les cochons ou les vaches dans un élevage moderne ?

Alors est-ce que les animaux sauvages souffrent ?
Car telle est la thèse des RWAS (reducing wild animal suffering ) groupes anglo-saxons qui veulent réduire la souffrance des animaux sauvages. Ces personnes ont l’outrecuidance de vouloir intervenir dans les processus naturels.

Ils devraient plutôt se concentrer sur la souffrance induite par la sociéte prédatrice capitaliste qui massacre des millions d’animaux sauvages allant des baleines aux éléphants et aux requins, chez nous les renards, fouines, sangliers etc ... on en passe tellement la liste est longue ! On est proche de la divagation intellectuelle.

Ce délire anthropomorphiste peut vite tendre vers le spécisme car il pose prétentieusement homo sapiens comme juge et arbitre. Ils ont déclaré que la nature est cruelle et qu’il faut la changer, parole de Sapiens ... on est dans l’anthropocentrisme le plus extrême.

Ce courant est heureusement très minoritaire toutefois il montre que les idées ne sont pas toujours simples et comment elles peuvent dériver vers des impasses ou sur des voies profondéments rétrogrades et réactionnaires. Ces personnes évidemment ne sont pas absolument pas révolutionnaires politiquement et donc pensent que les capitalistes et leurs ingénieurs trouveront des solutions à leur problème. Qu’ils se rassurent ils ont déjà ouvert le chemin en supprimant de nombeuses forêts et leurs habitants et en vidant les océans.

Bref où nous situons-nous à LIMASE ? Notre nom est clair.

Nous sommes pour libérer les animaux des cages, de leur enfermement, de leur exploitation, de la chasse, des cirques et des zoos. Nous sommes végans et antispécistes. Tous les animaux doivent avoir le droit de vivre et il n’est pas nécessaire pour nous de les manger.

Et nous sommes écologistes radicalement, de manière profonde.

C’est cet aspect que l’on va un peu développer ci-dessous car les idées communistes et antispécistes le sont déjà dans d’autres pages.

 

D’abord pour conclure le sujet précédent, nous sommes convaincus au contraire qu’il y a une sorte de bonheur à être dans la nature, et cette sensation vous prend et vous pénètre immédiatement et de manière encore plus forte si la nature est encore plus sauvage.

C’est un bonheur presque indescriptible que de pénétrer dans une forêt tropicale par exemple en afrique centrale ou en amazonie, et d’entendre tous ces bruits d’oiseaux qui chantent, d’insectes qui stridulent, et d’autres cris si mystérieux et inconnus.
On se sent humbles, fascinés, curieux, et emportés par ces sons et ces odeurs, c’est une fête de nos sens que nous avons si gravement atrophiés dans nos sociétés urbaines et cela est certainement une sensation de retour à nos origines biologiques.

Les personnes de RWAS devraient s’y promener plus souvent plutôt que d’être enfermés dans leur université. Ils comprendraient que le monde de souffrance des animaux sauvages qu’ils décrivent existe plus dans leur imagination que dans la vie réelle tant l’énergie, la beauté et la joie dominent dans tous les milieux naturels intacts : fleuves, montagnes, océans, forêts, savanes, et mêmes déserts.

Et évidemment on trouve cette énergie chez les habitants de ces milieux (animaux non humains ) puisque c’est d’eux qu’il s’agit. Ils sont certes vigilants, sur leur garde comme nous le sommes lorsque nous marchons dans la rue ou que nous conduisons une voiture, mais ils sont loin d’être des créatures terrorisées et souffrantes. Sauf lorsqu’elles croisent trop souvent le chemin de l’homme malheureusement.
Nous sommes en effet la seule espèce qui déterre les renards et blaireaux avec des dizaines de chiens, qui pose de la glu pour attaper les oiseaux, qui installe des mâchoires en fer dans la nature qui tuent et mutilent.

Qui a connu l’immersion en nature ce qui est possible partout y compris en france, sait que la vie et le bonheur sont profondément liés à nos expériences sensuelles avec la nature.

Une société socialiste sans domination de classe mais où les forêts et leurs habitants auraient disparu ne s’en remettrait pas. Nous mourrions de tristesse, d'ennui et de désespoir  en restant simplement sur un plan psychologique sans même aborder les impacts écologiques et économiques.

Nous sommes convaincus et c’est pour cela que nous portons l’écologie que le respect de notre planète doit être un objectif essentiel de la révolution socialiste.

Sur un plan plus écologique, nous pensons qu’il faut déconstruire en partie ce qu’a fait le capitalisme industriel et qu’il faut rendre à la nature sa liberté au moins le plus possible. Il faudra supprimer nombres de barrages de rivières, et laisser celles- ci retrouver librement  les fleuves puis former les estuaires en rejoignant la mer. Les mers ont besoin des fleuves, et ceux-ci vont former les plages par l’apport en sédiments, roches, sable.

Les poissons migrateurs comme les saumons, anguilles, aprons, aloses, truites, lamproies, pourront remonter vers leurs frayères et ils apporteront dans leur dernier voyage des apports en phosphore qui nourriront d’autres animaux terrestres en amont et enrichiront les sols. 

Les terres ont besoin des rivières qui sans cesse débordent leurs rives et changent leur course, inondent les plaines et les fertilisent.

D’une manière générale, l’économie socialiste devra reconsidérer la nature , la protéger mais surtout lui rendre sa liberté autant que possible, afin de s’appuyer sur elle et sur les différents services quelle nous procure quand elle n’est pas spoliée et mutilée.

Nous avons dejà écrit dans notre page agriculture sur la fertilité naturelle des sols par exemple.

Aussi les écosystèmes les plus riches au monde sont ceux qui fonctionnent tous seuls. Donc regardons et étudions comment ils font pour s’en inspirer ( forêts, récifs corraliens, fleuves, marais ) au lieu de tout casser pour reconstruire de manière imparfaite et polluante, toujours dans le but d'accumulation capitaliste.

Nous devrons réensauvager la nature, lui redonner de l’espace, la dépolluer, laisser jouer leur rôle à tous les écosystèmes.

Les animaux sauvages devront revenir ou être réintroduits si nécessaires et il faudra créer des aires protégées reliées entre elles par des corridors.

Nous devrons nous préoccuper des activités de nature essentielles pour les enfants comme pour les adultes et redonner de la place à la marche, à l’observation et la contemplation, au dessin et à la peinture naturalistes, à la musique et à l’écoute des sons naturels.

Il s’agit pour les marxistes et donc les trotskystes de notre époque de réfléchir à ces nouveaux rapports avec la nature et les animaux et donc de fonder une nouvelle économie socialiste avec de nouveaux modes de production respectueux.

Il est clair que cette citation de trotsky sur la capacité de l’homme socialiste à enfermer les mers, détourner les rivières et déplacer les montagnes pouvait sans doute se comprendre il y a 80 ans. Mais aujourd’hui elle est anachronique. 

D’ailleurs c’est l’homme capitaliste et impérialiste qui l’a déjà fait, avec les résultats que l’on voit en terme d'inondations, de disparition  d'espèces, d'enlaidissement de paysages, de millions de gens déplacés. Qui peut rêver devant le barrage des 3 gorges en chine ?
A part les criminels capitalistes néo -staliniens du parti communiste chinois ....

La femme et l'homme socialistes se distingueront par bien d’autres aspects et en premier lieu par la sagesse, l'éthique et leur empathie pour les autres humains et non humains. Et certainement par un niveau de connaissances bien supérieur et partagé par tous. 

Bien entendu il ne s'agit pas de renoncer à la technologie, à l'informatique et au numérique, aux machines et aux robots, mais il sera question de débattre du pourquoi et comment, des objectifs, de mesurer et anticiper les impacts de ces technologies sur nos rapports entre nous et avec la nature en général.

La nature devant être toujours respectée dans ses équilibres comme dans son esthétique, la beauté étant pour nous une valeur essentielle.

Et nous pourrons mieux l'étudier en la respectant. Où a t-on vu que l'on peut connaître ce que l'on n'aime pas et qu'on ne respecte pas ? il est probable alors que nous découvrirons bien des potentialités y compris productives dans une nature riche, diverse et libre. Mais cela ne pourra se faire qu'avec le socialisme une fois que nous serons débarassés du système mortifère qu'est le capitalisme.

Il est regrettable qu’une organisation comme Lutte ouvrière puisse encore se référer à cette phrase de trotsky aujourd’hui. Cela montre à quel degré, ces camarades ont été contaminés par le scientisme mégalomaniaque, par cette violence inouïe de notre domination de la nature qui vient de la bourgeoisie, du stalinisme aussi, et malheureusement une totale absence d’imagination et d’idéalisme sur ce que pourrait être la société socialiste. Et une indifférence invraisemblable à la nature, aux animaux dont ils semblent tout ignorer.

Le capitalisme à ce stade impérialiste défini il y a plus d’un siècle par Lénine, ne se contente pas de massacrer les peuples, d’organiser les guerres et le militarisme permanent. Il détruit, gaspille des merveilles naturelles fruits de l’évolution de millions d’années, il est en passe de rendre périlleuse la vie sur notre planète. Elle l'est déjà hélas pour la majorité des peuples par les guerres, l'exploitation économique extrême.

C’est aussi ce qui en fait un système criminel, génocidaire, qu’on ne peut pas réformer et qu’il faut d’urgence renverser par la révolution des travailleurs à l’échelle mondiale.

Vive le communisme mondial qui respecte tout le monde vivant.