Manifeste pour un communisme antispéciste et écologiste

Depuis le Manifeste communiste de Marx et Engels il y a 172 ans, les travailleurs du monde entier, en fait presque toute l’humanité, n’ont pu se libérer du système capitaliste. Celui-ci a réussi à se perpétuer avec deux guerres mondiales et d’innombrables autres, la même exploitation du travail, la misère partout, le parasitisme financier, la barbarie nationaliste et raciste, le gaspillage économique, la destruction effroyable de la nature et de la biodiversité. 

Le Marxisme, les idées communistes révolutionnaires défendues historiquement par les trotskystes suite à la trahison chauviniste de la social-démocratie en 1914 puis la trahison de la révolution russe avec la dégénérescence stalinienne ont peine à convaincre et à se réimplanter dans la classe ouvrière. Cette faiblesse explique l’émergence de tous les courants réactionnaires nationalistes, racistes ou religieux. La crise de l’économie et de la société capitaliste nous enfonce chaque jour plus profondément dans la barbarie.

La seule perspective est l’expropriation de la classe capitaliste, alors les travailleurs pourront mettre en place à l’échelle internationale une organisation économique débarrassée des frontières, fondée sur la planification et la coopération, permettant la mise en commun des ressources, des richesses et des technologies. 

Dans une société depuis longtemps mondialisée par le capitalisme, cette perspective est la seule qui soit capable de résoudre les problèmes qui se posent à l’humanité et qui soit porteuse d’une émancipation pour tous les opprimés. C’est cette perspective qui constitue le fondement de l’internationalisme du prolétariat révolutionnaire.  

Pourquoi sommes-nous aussi antispécistes et écologistes ? 
N’est-ce pas en contradiction avec le Marxisme ou Lénine et Trotsky ?

Non car nous prenons en compte les changements importants de la société intervenus depuis Marx mort il y a 140 ans et Trotsky il y a 80 ans. Les progrès considérables de nos connaissances de l’écologie et de l’ensemble du monde vivant ont apporté un autre éclairage sur la terre et ses limites.

Pouvons-nous continuer par exemple à considérer qu’il n’y ait que la seule espèce humaine qui importe sur notre planète, ou que les technologies soient toujours un progrès en soi et une solution à tout, ou que notre espèce doive toujours refouler son animalité, dans un mépris absolu de la nature.

Nous voulons partager notre planète avec les millions d’autres espèces et faisons nôtres ces paroles d’Engels : «  Et ainsi les faits nous rappellent à chaque pas que nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger, comme quelqu'un qui serait en dehors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein ...».

Le communisme libérera l’humanité du travail salarié, de la lutte pour la survie individuelle, de la concurrence de tous contre tous. Chacun(e) pourra alors s’épanouir dans des activités diverses au lieu de l’asservissement à un travail unique, pénible, monotone et aliénant. Un haut niveau technique et scientifique est nécessaire dans le but de diminuer le temps de travail pour produire les biens essentiels.

Mais le niveau technique ne doit pas être un dogme au point de justifier l’industrie nucléaire, les pesticides ou les OGM par exemple. Avec le communisme, l’humanité évaluera ses besoins, et ses techniques avec leurs impacts sociaux et écologiques, démocratiquement, en toute conscience et transparence.


Unis dans une communauté mondiale, nous éliminerons les dépenses militaires, les guerres, tous les échanges aberrants de marchandises qui font plusieurs fois le tour de la terre avant leur usage, tous les produits inutiles, ceux liés aux besoins des classes riches, tous les gaspillages liés à l’anarchie du marché, à ses crises de surproduction.

La production visera les besoins et non le taux de profit, la planification et le recensement remplaceront l’aveuglement du marché. Tout cela fait partie du programme communiste depuis ses origines et on peine à croire que ces idées ne se soient pas encore imposées tant elles répondent aux contradictions et à la barbarie du capitalisme qui rend la vie de l’immense majorité si pénible et pour beaucoup un cauchemar.

Ce que nous souhaitons apporter en plus à ce programme est une considération morale pour la nature en tant qu’écosystèmes autonomes et à toutes les êtres vivants qui les habitent.


Nous avons la conviction que quel que soit le niveau technique, économique de la future société humaine nous devons coexister avec une nature libre, les grandes forêts et le monde sauvage essentiels pour nos équilibres écologiques, économiques, psychologiques, esthétiques, et sanitaires comme nous le montre l’actuelle pandémie Covid-19.


C’est à dire de respecter l’intégrité de millions d’autres espèces vivantes, animales et végétales, sans interférer dans leur vie. Il s’agit à cette fin de réfléchir à d’autres techniques et pratiques de production, moins prédatrices ou extractives, moins violentes et dominatrices, qui accompagnent la Nature et s’inspirent de ses processus vitaux (agro écologie, agro foresterie par exemple).


Nous ne pensons pas comme nos camarades trotskystes que toute technique soit neutre ou ni bonne ni mauvaise en soi. Certes une centrale nucléaire serait plus sûre dans une société socialiste sous le contrôle de la population que dans la société actuelle où règnent l’opacité et le profit. Mais elle n’en resterait pas moins un danger inouï, irresponsable vis à vis des générations futures, et que par conséquent il faudrait  écarter et trouver d’autres solutions pour produire de l’électricité.


La technique porte des valeurs et elle a aussi des effets imprévisibles qui dominent la société : télé, informatique, smartphone, voiture, nucléaire etc... Nous voulons maîtriser nos techniques selon nos buts : non pas de produire toujours plus, ou d’aller toujours plus vite, mais de produire le nécessaire dans le respect des travailleurs, des consommateurs, de la nature, des animaux et de la socialité des rapports humains. 

Rabelais écrivait déjà au 16ème siècle : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».  Marx écrit dans le Capital : « la société elle-même n’est pas propriétaire de la Terre. Il n’y a que des usufruitiers qui doivent l’administrer en bons pères de famille, afin de transmettre aux générations futures un bien amélioré ». Et ces citations doivent nous inspirer.

D’autre part l’espèce humaine doit-elle toujours croître sans limites et occuper la terre entière et même l’espace ?

Nous retrouvons le vieux dogme judéo-chrétien de « croître et multiplier » et surtout la nécessité pour la bourgeoisie de l’expansion des marchés, de la croissance et d’avoir donc une réserve de main d’œuvre et de chair à canon. D’où des politiques natalistes encore encouragées par la plupart des gouvernements dans un monde pourtant déjà submergé par l’humain.

L’anthropocentrisme de notre culture judéo-chrétienne et bourgeoise, le dualisme philosophique avec l’exception humaine sont des limites culturelles dont les révolutionnaires doivent sortir. Le mode de vie de plus en plus urbanisé de la population et des militants révolutionnaires à fortiori, a conduit à un éloignement et à un manque d’intérêt et d’empathie pour le monde vivant.

La Nature abonde pourtant de merveilles dont la complexité, l’ingéniosité, la beauté pourraient stimuler notre curiosité, notre imagination, nos connaissances alors que notre société malade, égocentrique, les ignore et les détruit. Elle est indispensable pour la vie, le climat, la qualité de l’air et de l’eau, l’économie et aussi nos rêves, nos émotions, nos expériences sensuelles.

Quels sont les milieux les plus fertiles et les plus productifs de notre planète : les forêts, les sols, les récifs coralliens ; ne peut-on les étudier et comprendre leur fonctionnement, ou s’en inspirer, ou de les imiter (bio mimétisme) au lieu de les spolier ?
Et elle est prolifique, elle produit par elle-même sans aucune intervention extérieure, d’ailleurs que serions-nous sans les bactéries et sans les plantes, nous n’existerions simplement pas malgré tout le « génie » de notre espèce ...

Qui peut rêver à un socialisme où il n’y aurait plus d’animaux sauvages, chassés sans relâche ou écrasés sur les routes, que cette société génocidaire et spéciste, dans sa stupidité sans fond, qualifie souvent de nuisibles ! Où il n’y aurait plus d’espaces sauvages, sans constructions humaines, sans nuisances sonores et lumineuses, plus de paysages, cela ressemble au triste et laid monde capitaliste … et il faudrait que le socialisme lui ressemble ?

Dans une telle société même socialiste, si toutefois elle était écologiquement viable ce qui est improbable, sans l’altérité de l’autre non-humain, que nous n’avons pas fait, nous mourrions de tristesse, d’ennui et de solitude certainement. Et que serait le socialisme s’il se perpétuait sur la base d’une autre oppression, l’esclavage de milliards d’êtres sensibles que sont nos cousins animaux. 


Les animaux domestiqués nous accompagnent depuis des milliers d’années à une place peu enviable, celle des travailleurs les plus misérables et les plus exploités, ou comme matière première pour nourrir l’espèce humaine ou cobayes pour les expériences criminelles et sadiques de la pseudoscience bourgeoise.

Le poids le plus lourd est supporté comme chez les humain(e)s par le sexe féminin : dans l’industrie laitière par exemple où les vaches sont engrossées, séparées de leur veau à la naissance, exploitées pour le lait jusqu’à épuisement, ceci toute leur vie jusqu’à être abattue. Le sort des poules pondeuses, des truies encagées, des juments saignées … est aussi atroce.

N’ont-ils pas tous leur part de misère et d’exploitation, devrions-nous les ignorer et les abandonner sous le joug meurtrier et cruel du capitalisme puis d’un socialisme qui perdurerait cette barbarie, ne serait-ce pas une infamie ? Certes les animaux non humains ne se libèreront pas eux-mêmes, ils n’interviendront pas activement dans nos pratiques militantes.

Mais une partie des humain(e)s est aussi passive pour sa libération : enfants, personnes trop âgées, malades, handicapés etc. Ils ne sont pourtant pas laissés de côté. Une société qui cache honteusement des milliers de bagnes et d’abattoirs, enfermant dans des cages exiguës des animaux qui à l’état naturel couvrent des dizaines de km, tuant férocement en France 3 millions d’animaux terrestres par jour (les poissons bien plus encore) avilit la morale et impacte les comportements humains entre eux.

L’écologie et l’antispécisme nous amènent à considérer notre espèce humaine de manière plus juste et humble, à progresser dans la reconnaissance de l’autre dans sa différence. Nul communiste révolutionnaire ne peut accepter cette norme sociale spéciste et être indifférent devant l’ampleur de cet immense massacre. 

Marx, Engels, Lénine et Trotsky ne pouvaient pas avoir ces préoccupations à leur époque. Mais aujourd’hui chacun(e) doit élargir son champ de considération morale, élever encore son idéal, remettre en cause ses préjugés, susciter sa curiosité, changer ses habitudes, développer son empathie, sa tolérance, sa compassion, indispensables pour bâtir une société juste, libre, sans aucune oppression.

Nous appelons nos camarades trotskystes à la prise de conscience que l’exploitation animale est du même ressort que toute oppression à l’égard de groupes humains. 

Et les écologistes militants, les antispécistes, tous celles et ceux révoltés par un aspect particulier du capitalisme, doivent élever leur conscience politique à la lutte des classes et au communisme car il ne peut y avoir de progrès sans abolir les frontières nationales, la loi de la concurrence, du marché et du profit.

Aucun gouvernement élu ne fera autre chose que se soumettre aux intérêts du capital. Les politiciens verts élus récemment aux municipales utilisent l’écologie comme un fonds de commerce pour leur carrière et partout en Europe ces 50 dernières années où ils ont eu à de nombreuses reprises des postes importants dans l’appareil d’état ils se sont soumis à l’industrie.


Aucune approche individualiste ou apolitique (boycott, lobbying, action directe …) dans le cadre des rapports sociaux capitalistes ne permettront non plus un réel changement. Il n’y a pas d’autre issue que de bouleverser complètement le mode de production, d’arracher le pouvoir au capital par l’intervention révolutionnaire directe des masses pour construire une société sans classes, infiniment plus démocratique, juste et rationnelle pour les humain(e)s et tout le monde vivant.  

Vive la révolution prolétarienne mondiale, vive le communisme !
Juillet 2020