La chasse et la défense de la Nature selon Lutte Ouvrière. 

Le thème de la chasse a été abordé, pour la première fois à notre connaissance, dans Lutte des classes n° 211 de novembre 2020.

L’article s’intitule : la chasse, son business, les chasseurs et leur défense de la nature.

Nous avons des divergences importantes sur le sujet culturel des rapports avec nos cousins animaux et avec la nature en général même si nous sommes par ailleurs en accord politiquement avec LO.

L’aspect historique de l’article est intéressant, car il rappelle que le mouvement socialiste à la fin du 19ème siècle avait une position sur la chasse même si elle l’était exclusivement par rapport au caractère anti-démocratique de la chasse peu accessible à la classe ouvrière.

Nul ne songerait aujourd’hui à critiquer cette position ( bien que discutable) à l’époque il y a plus d’un siècle où la chasse avait encore dans les milieux populaires un peu de rapport avec une certaine subsistance alimentaire.

Aujourd’hui en revanche nous trouvons scandaleux le cadeau que Macron a fait aux chasseurs en divisant le prix du permis de chasse par deux et en ayant fait à leur congrès l’apologie de cette activité que nous estimons anachronique, cruelle et criminelle.

Par ailleurs il n’est pas utile d’encourager la classe ouvrière à se faire plaisir en tuant des animaux. Laissons ce loisir barbare aux barbares et plus il appartient à la bourgeoisie et plus c’est cohérent.

La chasse a toujours existé dit le texte ... Mais cela en fait-il une raison pour qu’elle continue d’exister ? Les guerres, l’exploitation, l’oppression de la femme ont presque toujours existé aussi et en tant que communistes nous luttons pour les supprimer.

La chasse fut légitime lorsqu’elle était nécessaire pour se nourrir. Quand elle fut entre les mains des classes aristocratique puis bourgeoise, elle l’était déjà beaucoup moins. Aujourd’hui elle n’a plus aucune légitimité.

Et pourtant il est écrit : Concernant la chasse, la question n’est pas d’en être partisan ou adversaire ... C’est assez consternant et révoltant, le sort des animaux sauvages n’est pas considéré, leur droit à la vie, leur souffrance d’être chassés sont implicitement niés. Ils n’existent pas tout simplement comme individus sensibles, sentients, autrement que comme objets. Et comme un corollaire il est sous-entendu normal, légitime que des Humains aient comme activité de loisir de tuer des êtres sensibles qui veulent vivre.

Les communistes qui luttent contre toutes les formes d'oppression ne devraient-ils pas aujourd'hui condamner une activité si injuste, stupide et cruelle et exprimer en général notre solidarité envers les êtres sensibles dont l'humain n'est pourtant qu'une espèce ?

Ne devons-nous pas abandonner une morale humano centriste et donc discriminatoire alors que les idées animalistes se sont développées depuis plus d'un demi-siècle, voir depuis la fin du 19ème siècle avec Louise Michel, Elisée Reclus,  Rosa Luxembourg qui appelait un buffle exploité son frère chéri ...

D’où vient ce conservatisme, ce blocage, ce préjugé spéciste de l'humain supérieur , ayant le droit d'opprimer les autres espèces, et alors que probablement il n'y a aucun ou si peu de chasseurs dans le milieu social trotskyste.

Est-ce une crainte d’évoluer et de se trouver en porte à faux par rapport aux positions du mouvement ouvrier passé ?

Ou au fait que Lénine et Trotsky ont chassé. Mais ce serait absurde, les temps ont changé, la société et ses mœurs aussi. D’une part c’est une autre époque, d’autre part nous ne sommes pas trotskystes parce qu’il était chasseur.

Les connaissances sur les animaux ont depuis progressé et la situation objective de la Nature et de la biodiversité ont changé.

Et même si cela n’a «aucun sens », rappelons qu'une large majorité de la population est contre la chasse, dont une partie non négligeable de façon très hostile, révoltée. Le sketch des Inconnus reste un classique populaire.

Aussi dans les campagnes , ou parmi les amateurs de promenade dans la nature, la chasse est un vrai problème de sécurité publique (des dizaines de victimes par an), de bruit ( mais qu'importe le bruit, pourtant celui des armes ! ) ce qui n’est guère évoqué ... Egalement une pollution avec le plomb, cela est justement rappelé.

Et ces chasseurs de loisir, masculins en immense majorité, armés, souvent agressifs  prennent pitoyablement du plaisir en tuant des êtres plus faibles et innocents.


Le problème de la chasse rejoint au fond celui de l’élevage, de la pêche, des zoos, des cirques, de l'expérimentation, des trafics en tous genres qui concernent nos cousins animaux non humains maltraités enfermés, torturés, assassinés, sacrifiés sans limite sur l'autel du profit capitaliste et que tout communiste révolutionnaire devrait condamner sans la moindre réserve.

Ensuite la représentation exprimée de la Nature montre une réelle indifférence et un mépris à son égard.

Il est écrit : " Le mot d’ordre de défense de la nature, invoqué par les écologistes, n’a pas davantage de sens, tant il est vrai que notre environnement a lui-même été totalement transformé, voire façonné, par les activités humaines. Il est heureux par exemple que celles-ci soient parvenues au cours des siècles passés à assécher les zones marécageuses, certes riches en certaines espèces animales, mais où proliféraient les germes à l’origine de nombreuses maladies, notamment la malaria. … Concernant la chasse, la question n’est pas d’en être partisan ou adversaire, de même qu’il est stupide de se positionner, comme le font les porte-parole de l’écologie politique, en défenseurs de la nature en l’opposant aux activités humaines. Comme l’écrivait Engels, « nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger ».

Et il ajoutait, en citant plusieurs exemples des conséquences désastreuses du mode de production capitaliste sur l’environnement : « Ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature, elle se venge sur nous de chacune d’elles. » (Dialectique de la nature, 1883) 

Il semble que nous n’ayons pas la même interprétation des paroles d’Engels.

En effet l'humanité par son organisation capitaliste actuelle si elle ne règne pas sur la Nature, elle lui inflige néanmoins des blessures terribles ! Et oui, celle-ci se venge par le réchauffement climatique par exemple, mais pas seulement. Les sols artificialisés par l’urbanisation, les assèchements des marécages, la déforestation font que l’eau des pluies n’est plus retenue et cela provoque les inondations.

Y compris la crise sanitaire actuelle Covid est très vraisemblablement la conséquence de déséquilibres naturels liés à la déforestation et à l’élevage intensif (activités humaines faut-il le rappeler !).

Remarquons que ce n’est pas ce qui préoccupe la classe dominante. Les conséquences désastreuses de l’élevage intensif et de l’alimentation carnée ne sont jamais mises en question. Alors qu’ils sont nuisibles et sans nécessité, même si l’alimentation carnée et la chasse ont pu être historiquement utiles ou nécessaires il y a quelques centaines de milliers d’années ... Mais l’époque a changé encore une fois !

Il y donc bien un sens à ce que la Nature soit défendue et à ce que les activités humaines ne soient pas en opposition avec sa préservation.

Les écologistes disent à tort qu’il faut défendre la nature selon l’article.

Non ils ont raison, leur tort est de croire dans le capitalisme. Mais nous trotskystes devons faire évoluer nos idées au lieu de croire que l’Humain est seul sur la planète et résoudra tout par son intelligence et sa technique même dans la société socialiste.

Sinon pour paraphraser Romain Gary,  dans un monde où il n’y a de la place que pour l'Homme, il risque de ne plus avoir de place même pour l'Homme.

Il s’agit donc de transformer nos activités, nos technologies, ou de les faire évoluer afin qu’elles ne soient plus nuisibles à la Nature : c’est à dire aux sols, aux forêts, aux océans, aux récifs coralliens, aux plaines humides, à nos cousins animaux sauvages (libres) etc.

Or il est dit de manière ambigue : il ne faut pas opposer Nature et activités humaines ... alors même que l’immense majorité des activités modernes la détruisent.

Et surtout l’article considère que finalement il n’y a pas de Nature en soi autre que celle qu’en a faite l’humanité. Le but est finalement de dire : comme la Nature a toujours été façonnée par l’humain, son exploitation peut continuer. C’est aussi une manière de nier l’autonomie de la Nature donc son existence comme sujet vivant.

Engels plus subtilement parle d’apprendre à maîtriser les effets immédiats mais surtout lointains de nos actions ... et rappelle notre unité avec la Nature.

 On est loin des préoccupations de Marx et Engels concernant notre responsabilité à son égard. Cette conception est conforme à l’idéologie dominante de la bourgeoisie (judéo-chrétienne, anthropocentriste, suprémaciste).

La différence est que la bourgeoisie marchandise la Nature dans le but des profits. Alors que la vision de LO tend à instrumentaliser la Nature, au prix de son exploitation et de sa destruction, afin d’élever le niveau économique. C’est sans doute mieux mais cela reste une voie sans issue et dystopique !

La biodiversité est perçue comme une réalité abstraite qui ne compte pas car elle est en dehors de l’humanité. Alors que nous considérons chaque espèce comme un prodige de la vie, irremplaçable, résultant de millions d’années d’évolution. De même ne comptent pas les forêts qui furent primaires il y a encore peu de temps, ou les marécages justes bons à apporter des maladies comme la malaria, (voir ci-dessus).

Pourtant même la bourgeoisie a compris l’importance des zones humides à travers le traité de Ramsar de 1971 il y a 50 ans, sans effet évidemment. Et même si une partie importante de la Nature a été modifiée par l’Humain, il y a toutefois des différences de proportion entre les effets qui furent assez modérés jusqu’à la révolution industrielle et ceux dévastateurs depuis celle-ci jusqu’à nos jours.

Au risque de heurter l’humano centrisme de nos camarades n’importe quelle espèce sauvage pourrait survivre sans l’humain alors que si le phytoplancton et certaines bactéries disparaissaient nous humains disparaîtrions aussi.

Et les robots, la chimie, l’informatique ou les satellites n’y feront rien.

La Terre appartient au monde vivant dans son ensemble. Le capitalisme est véritablement une civilisation antinature, le communisme doit être sa négation, il doit respecter et chérir la nature tout en utilisant ses potentialités de façon intelligente et responsable. L’Humain est une des dernières espèces apparues dans l’évolution. Elle ne peut supprimer ce qui est à l’origine de son évolution, en tout premier lieu les arbres et les forêts. Le capitalisme par sa nature égoïste et anarchique, avec ses classes, la propriété privée, la compétition, les états et les frontières, ne peut pas protéger la nature.

Un fleuve doit être un écosystème respectable en soi parce que nécessaire, parce que vivant et beau. Il ne doit pas être juste une ressource pour en faire un barrage hydroélectrique ou un stock de poissons à manger.

Le capitalisme crée les technologies qui servent les intérêts de la classe capitaliste sans égard pour les travailleurs et la nature. Nous communistes n’avons pas les mêmes buts et les mêmes valeurs et nous devons exercer une critique sur le sens des technologies, leur utilité et leur impact.

Seul le communisme pourra et devra être une société sans aucune oppression entre les humains, et aussi sans l’ignoble et féroce exploitation des autres animaux non humains et sans le carnage actuel de toute la Nature.

Mai 2021 

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